IKB,
IKG, IKP… Lettres tri-logiques pour une exposition en trois
parties d’un peintre tridimensionnel, en recherche permanente
d’espace.
Yves Klein, judoka émérite, sept années de carrière
artistique, décédé à 34 ans, développa
une conception de l’espace par l’incarnation et l’imprégnation,
la spiritualité et la sensibilité, qui confère
à son œuvre des lettres de noblesse bien particulières.
Bleu, rose et or : la tripartition de ses obsessions se teinte rigoureusement
de ces trois couleurs, qu’il limite en monochromes vibrants
et hypnotiques.
IKB, International Klein Blue, puis IKG pour l’or, IKP pour
le rose, Klein tisse avec la couleur des liens entre le corps et l’immatériel.
Véritable force spirituelle, la couleur transforme l’atmosphère
et la vie elle-même en oeuvre d’art.
Quelques instants à rester immobile dans une des salles de
l’exposition permettent d’appréhender physiquement
cette équation novatrice, aussi visuelle que mentale.
Les Anthropométries sont peut-être la manifestation la
plus explicite de la quête de l’artiste. Devant l’infini
de l’immatériel, le corps se place en point d’équilibre.
Il devient "pinceau vivant", et l’on voit dans les
documents projetés, les femmes-modèles s’enduirent
avec soin d’IKB, recouvrir l’intégralité
de leur corps, et leurs visages et chevelures laissés au naturel
semblent alors comme détachés du reste. Les modèles
se plaquent et ondulent sur la toile, leur chorégraphie orchestrée
par l’artiste. La chair est bleue, s’implique et s’applique
sur la toile, tandis que les Monopinks, rose comme la chair humaine,
montrent comment la couleur lie la chair au monde.
Ambition monumentale, qui ondule sous l’effet des processus
aléatoires.
Les pinceaux humains, comme le feu dont Klein imprègne ses
toiles ou les intempéries qu’il désigne comme
créatrices de motifs sur ces mêmes toiles, placent l’Oeuvre
sur une frontière intangible, de "transmutation"
de la matière en art.
Dans ses recherches sur le "versant immatériel de l’art",
Klein passe sans cesse du visible à l’invisible, de la
disparition aux apparitions. Il préfigure et organise ce qui
deviendra l’art conceptuel, met en place des collaborations
avec des scientifiques, inaugure la performance, conçoit des
projets architecturaux à l’échelle planétaire
et céleste.
Théoricien, compositeur et beau parleur, son vif esprit et
son humour guident nos pas à travers les salles largement laissées
pour vide de l’exposition, à la poursuite de l’utopie
Klein, la libération de l’homme par sa fusion avec l’univers.