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YVES KLEIN
Corps, Couleur, Immatériel

Jusqu’au 5 février
Au Centre Pompidou
IKB, IKG, IKP… Lettres tri-logiques pour une exposition en trois parties d’un peintre tridimensionnel, en recherche permanente d’espace.


Yves Klein, judoka émérite, sept années de carrière artistique, décédé à 34 ans, développa une conception de l’espace par l’incarnation et l’imprégnation, la spiritualité et la sensibilité, qui confère à son œuvre des lettres de noblesse bien particulières.

Bleu, rose et or : la tripartition de ses obsessions se teinte rigoureusement de ces trois couleurs, qu’il limite en monochromes vibrants et hypnotiques.

IKB, International Klein Blue, puis IKG pour l’or, IKP pour le rose, Klein tisse avec la couleur des liens entre le corps et l’immatériel. Véritable force spirituelle, la couleur transforme l’atmosphère et la vie elle-même en oeuvre d’art.

Quelques instants à rester immobile dans une des salles de l’exposition permettent d’appréhender physiquement cette équation novatrice, aussi visuelle que mentale.

Les Anthropométries sont peut-être la manifestation la plus explicite de la quête de l’artiste. Devant l’infini de l’immatériel, le corps se place en point d’équilibre. Il devient "pinceau vivant", et l’on voit dans les documents projetés, les femmes-modèles s’enduirent avec soin d’IKB, recouvrir l’intégralité de leur corps, et leurs visages et chevelures laissés au naturel semblent alors comme détachés du reste. Les modèles se plaquent et ondulent sur la toile, leur chorégraphie orchestrée par l’artiste. La chair est bleue, s’implique et s’applique sur la toile, tandis que les Monopinks, rose comme la chair humaine, montrent comment la couleur lie la chair au monde.

Ambition monumentale, qui ondule sous l’effet des processus aléatoires.

Les pinceaux humains, comme le feu dont Klein imprègne ses toiles ou les intempéries qu’il désigne comme créatrices de motifs sur ces mêmes toiles, placent l’Oeuvre sur une frontière intangible, de "transmutation" de la matière en art.

Dans ses recherches sur le "versant immatériel de l’art", Klein passe sans cesse du visible à l’invisible, de la disparition aux apparitions. Il préfigure et organise ce qui deviendra l’art conceptuel, met en place des collaborations avec des scientifiques, inaugure la performance, conçoit des projets architecturaux à l’échelle planétaire et céleste.

Théoricien, compositeur et beau parleur, son vif esprit et son humour guident nos pas à travers les salles largement laissées pour vide de l’exposition, à la poursuite de l’utopie Klein, la libération de l’homme par sa fusion avec l’univers.


Perrine Le Querrec
© Jowebzine.com - Janvier 2007


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