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UNICA ZURN

Halle Saint-Pierre
2, rue Ronsard
75018 Paris

Jusqu’au 4 mars 2007
Unica Zürn est une femme-mystère, écrivain, poète, dessinatrice, peintre, muse de Hans Bellmer, captive du même homme, mais aussi captive de ses propres démons. Ses écrits comme ses dessins traversent le miroir opaque de la raison et dévoilent les rives de la maladie mentale, étroitement imbriquées à celles de la fécondité créatrice.

Le dit-schizophrène d’Unica Zürn, sa graphie et ses dessins sont autant d’anagrammes du corps et de la pensée.

La Halle Saint-Pierre expose actuellement plus de cent dessins, en une scénographie dense, où les murs gris évoquent un écran de nuages, une nuit qu’il faudrait traverser pour accéder à la lumière. La lumière des œuvres, dont plusieurs sont déchirées - un acte de destruction que Zürn opérera de très nombreuses fois et qui évoque l’étoffe de cet être qui fût, la plus grande partie de sa vie, un être blessé, déchiré, souffrant -, reconstituées par les restaurateurs et ici exposées.

La majeure partie des dessins sont à l’encre de chine, un trait noir parcouru de tressaillements, d’affleurements et de phénomènes apparitionnels.

Attardons-nous en 1966 : Unica Zürn vient d’achever la rédaction de L’Homme-Jasmin, quatre années la séparent de la fatale défenestration, et les dessins d’alors sont extraordinaires de vigueur et d’exubérance. Un trait qui cavale sur le papier, un trait pour contenir des dizaines de visages, des dizaines d’yeux. Des filaments, ébauches ou disparitions du trait principal, synapses de la pensée créatrice, enserrent les formes et parfois s’échappent sur le vide de la feuille. Dans ces formes-cocons, cette occlusion de la folie, les lacis de traits à la fois veines et langage, mutent les organes en expression et impression érotique : de l’œil en vagin, de la bouche en vulve. Ailleurs, un visage laissé blanc, encerclé de filaments tourbillonnant autour de lui, s’emmêlant en nœuds insolubles, doit son salut dans sa transformation en œil.

Les yeux sont un des motifs récurrent dans l’œuvre d’Unica Zürn, à la fois objet sexuel, mais aussi vision inoubliable des années d’internement : "Il y a aussi cette autre qui se laisse doucement glisser de sa chaise sur le sol pour essayer de s’arracher l’œil. Cet œil est toujours rouge et enflammé. Personne ne s’occupe d’elle. Dans deux ans - qui sait ? - cet œil va tomber de son orbite et rouler à terre. Comment oublier jamais ces images ?"

Quels remous, quels courants parcourent ces visages enchâssés les uns dans les autres ? Animés par la main agitée de leur créatrice, qui se définissait comme une "perverse polymorphe", les traits s’engendrent les uns les autres, donnent naissance à de nouvelles formes hallucinatoires dès qu’un trait s’achève. Si les motifs ne sont pas enclos, des créatures chimériques s’échappent et s’égarent le long d’une ligne d’encre dorsale, ou se fondent en serpent, autre "vision" de l’artiste.

Les bêtes noires à l’encre de chine, les métamorphoses des visages, parlent de "la merveilleuse aventure" de la folie. Une aventure dont le spectateur ne discerne le merveilleux qu’affranchi de tout jugement et limite, le regard ouvert sur l’œuvre de celle qui notait, après une crise : "Si quelqu’un (lui) avait dit qu’il était nécessaire de devenir folle pour avoir ces hallucinations (…) elle aurait accepté volontiers de le devenir."


Perrine Le Querrec
© Jowebzine.com - Décembre 2006


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