Chaque
trimestre, en kiosque, le plus imposant, le plus élégant,
le plus intéressant des magazines de mode est vendu au
prix, défiant toute concurrence de… 1 euro !
J'adore la mode, je suis une fan de beaux magazines où
l'on voit des créatures aux formes improbables dans des
vêtements aux coupes surréalistes marcher dans
des rues sans nom dans une quelconque ville du monde avec un
air si absent... Caricatural mais tellement vrai.
Pourtant j'en redemande et je feuillette inlassablement les
belles pages de papier glacé qui sentent cette odeur
d'encre si particulière. Quant aux suppléments
"Spécial Mode", avec 50 pages d'accessoires
totalement indispensables et inutiles (donc indispensables,
vous me suivez ?), je vous laisse imaginer dans quel état
d'excitation je suis quand je les achète et les consulte...
longtemps !
Parce que c'est une lubie qui me coûte cher ! Pour vous
expliquer ce phénomène, je vous donne le prix
au numéro (parce qu'on va pas s'abonner non plus, j'ai
une réputation d'intellectuelle à tenir) d'un
grand nom qui s'est insidieusement glissé dans mes placards
: Vogue. Parce que c'est un classique, il se vend la somme rondelette
de 4,50 euros, pour 322 pages. Le sommaire n'arrive qu'aux alentours
de la page 40, soit une ribambelle de publicités toutes
plus glamour les unes que les autres : du sac à main
avec un monogramme composé d'un L et d'un V entrelacés,
des vêtements chics de sportswear, du maquillage, de la
haute couture… bref, Vogue ! Plus de publicités
que d'articles parce que ça rapporte plus et une diffusion
dans tous les relais H de France à un prix de vente très
élevé : une recette qui marche, alors que...
Alors qu'il existe Citizen K, un magazine où il y a autant
sinon plus de publicités, au moins autant d'articles
(et qui ont parfois le mérite d'être intéressants,
comme dans le numéro de Printemps 2004 où on trouve
un papier sur la performance d'actrice de Charlize Theron dans
Monsters avec en prime de très jolies photos). Or ce
magazine se vend au prix défiant toute concurrence de…
1 euro le numéro pour 430 pages maxi-épaisseur.
Je ne connais pas grand-chose au grammage et à toutes
ces histoires d'imprimeur, mais j'aime ce magazine parce que
j'ai l'impression de faire une affaire à chaque achat.
Je suis tellement emballée que je suis en instance d'abonnement
pour la somme faramineuse de 4 euros. Il faut dire que sa qualité
en tant qu'objet a ses défauts, au premier rang duquel
son poids et son format : ça ne rentre pas dans la pochette
Vuitton ! Au diable ces maudites pochettes dans lesquelles on
ne peut rien mettre, vive le baluchon ! Vive l'abonnement et
la réception à domicile !
Trêve de plaisanteries, j'ai eu beau chercher un site
web, je ne tombe que sur des blogs, des gens qui parlent de
Citizen K pour dire que "c'est joli", que "c'est
bien", pas une ombre d'information sur le comment du pourquoi.
J'aime à penser que c'est pur altruisme que d'avoir fait
un magazine de mode à 1 euro, 4 numéros par an
: printemps, été, automne, hiver. En effet, ces
magazines tiennent grâce aux recettes de la publicité,
or les publicitaires ne veulent être dans un magazine
que pour être vu… or le meilleur moyen de vendre
est de vendre "pas cher" : c'est un cercle vertueux.
Merci pour nous !
Citizen K est un guide pour les pauvres "fashion addict"
que nous sommes tous et toutes, un bel objet que je conserve
précieusement, enfin un cahier d'exercices puisque j'essaye
de reproduire les photographies que j'y ai vu. Au fait, je vous
ai parlé de son prix ?