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     BiLLeTS d'HuMeuR
 
LA VERITABLE AFFAIRE CLEARSTREAM
Billet d'humeur du 16 mai 2006
Impossible d'y échapper : depuis plusieurs semaines, l'affaire Clearstream alimente à jet continu la verve polémique de nos journaux d'information. Pas une journée, que dis-je, pas une heure ne se passe sans que de nouveaux rebondissements relancent l'affaire et excitent la plume (ou la langue) vaillante de nos infatigables journalistes. C'est que, dès lors qu'il s'agit de grenouiller dans la mare familière des intrigues politico-people à deux balles, nos plumitifs parisiens sont à leur aise.

Et, à observer ce déchaînement médiatique (somme toute justifié, la question n'est pas là), on se prend à regretter d'autant plus le silence assourdissant qui a accompagné (et accompagne toujours) la révélation de la véritable affaire Clearstream, il y a cinq ans, par le journaliste Denis Robert.

Le scandale était pourtant d'une autre importance que les pitoyables enfantillages des plus hautes autorités de l'Etat français. Il s'agissait, ni plus ni moins, de la découverte, au Luxembourg, paradis fiscal notoire, d'une société financière faisant office de gigantesque "lessiveuse" pour tous les flux financiers de la planète : Clearstream. Légales ou illégales, des sommes inimaginables transitaient chaque jour par cette société pour en ressortir blanches comme neige ! Créé d'abord pour faciliter la compensation des échanges entre établissements bancaires honorablement connus, cette entreprise s'était peu à peu ouverte aux industries multinationales, puis aux entreprises mafieuses de tous horizons. Un seul mot d'ordre : recycler l'argent qui lui était confié quel qu'en soit le montant ou l'origine. Un seul objectif : engranger le plus de commission possible sur ces opérations.

Cette société financière existe toujours, poursuit imperturbablement son activité et doit regretter amèrement l'inconséquence des médiocres politiciens Français prêts à tout pour conquérir le pouvoir.

C'est que, jusqu'à présent, elle avait su se préserver du scandale en activant tous ses relais et en réduisant au silence une presse peu empressée de relayer le travail de Denis Robert. Trop compliqué, trop fatigant, pas assez proche des sunlights et des salons. Sans compter que pas un organe de presse (écrite, parlée ou filmée) ne peut honnêtement se prévaloir d'une quelconque indépendance vis-à-vis du pouvoir de l'argent et que l'on imagine mal tel industriel du BTP ou tel marchand de canon, propriétaires de la plupart des organes de presse et habituels bénéficiaires des facilités offertes par Clearstream, autoriser "leurs" Rédactions à scier la branche financière sur laquelle elles prospèrent !

Résultat efficace : black-out total pendant cinq ans et polarisation, ces dernières semaines, sur la politique politicienne de base. Sans qu'il vienne à l'idée de personne de se dire : "Mais au fait, c'est quoi ces "comptes secrets" détenus dans un établissement bancaire qui a pignon sur rue au cœur de l'Europe ?" La véritable affaire Clearstream n'est décidément pas prête d'éclater au grand jour !


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Mai 2006
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