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     BiLLeTS d'HuMeuR
 

LA CONSTITUTION EUROPEENNE
Billet d'humeur du 19 avril 2005

Triste constat : jeudi soir, sur TFI, on s’est aperçu que la Constitution européenne permettait de fédérer les peurs françaises. Mais que fait le Président ?


La première réaction que l’on a pu éprouver à l’annonce du débat concernant la constitution européenne était la suivante : Jacques Chirac désire dialoguer avec un "panel" de jeune… A priori, voilà donc bien une émission qui n’est pas faite pour nous, nous tous qui, ayant dépassé la trentaine, n’auraient eu aucune chance de participer à cette émission et donc d’être écouté à défaut d’être entendu par le Président.

Ensuite, on peut s’interroger sur le choix de TF1. Avec l’argent que nous coûte la redevance, nous trouverions naturel que ce genre d’émission soit diffusée sur le service public. Question d’adéquation entre l’exigence déontologique et l’intérêt d’une explication pédagogique de la constitution.

Hélas, on le sait, cette émission a été conçue par la redoutable Claude Chirac, qui a plus ses entrées dans le marigot people et dans les instituts de sondages que chez les journalistes spécialistes de la question Européenne. Il est très loin le temps où les débats télévisés étaient arbitrés par Jean Boissonnat ou par Michelle Cotta. Au train où vont les choses, on peut même imaginer, en 2007, un débat entre les deux tours de l’élection présidentielle animé par Cauet et Patrick Sébastien…

Ce qui est un peu triste chez les partisans du Oui, c’est qu’ils ont un métro de retard en matière de communication. On se souvient du show récent organisé par Jack Lang auquel participaient BHL, Arielle Dombasle, Josyane Balasko et consorts. Il en ressortait le message suivant : "Fais comme tes amis les vedettes, vote oui, c’est trop tendance !"

Claude Chirac connaît bien son père. Elle sait qu’il ne doit pas avoir en face de lui d’adversaires trop acérés s’il veut briller. Elle sait que son principal argument, est de présenter son père comme un type sympa et proche des gens.

Mais voilà, une dizaine d’années sous les dorures de l’Elysée vous éloigne par trop des soucis quotidiens. Et à trop invoquer la France d’en bas, elle vous revient en plein visage comme un boomerang.

Dans le débat de jeudi soir, les seuls amis de Jacques Chirac, les seuls qui parlaient son langage étaient les animateurs Delarue, Fogiel et Chain. En leur compagnie, le Président pouvait ressortir les petits fours du 14 juillet.

Quant aux jeunes sélectionnés, ils se sont montrés à la hauteur de leur tache, ils ont offert un panorama assez conforme d’une France déboussolée, à la recherche d’un avenir lisible et de réponses un peu chaleureuses pour un quotidien frigorifié.

Or quelle a été la réaction de cet homme de 72 ans face au panel ? Il a martelé, tel un pape laïc, qu’il ne fallait pas avoir peur. En politicien émérite, il a botté en touche toutes les questions embarrassantes. Il s’est déclaré surpris et attristé par l’attitude des jeunes. Il a assuré qu’un Non ferait de la France le mouton noir de l’Europe et, surtout, il ne s’est absolument pas livré à une explication de texte de la constitution, ce dont nous aurions bien eu besoin.

Les hasards de la programmation du Câble et de la TNT, nous ont remis en mémoire le débat de 1992 sur Maastricht. La comparaison n’est pas à l’honneur des temps présents.

L’émission était animée par le sémillant Guillaume Durand. Lors d’une première partie, un panel de Français questionnait Mitterrand. Dans ce panel, il y avait des gens (oui, de vrais gens) de plus de 30 ans. Certains avaient même des cheveux blancs. Ensuite, le président était questionné par des journalistes tels que Gérard Carreyrou de TF1 ou Jean D’Ormesson du Figaro. Enfin, il y eut débat entre Mitterrand pour le Oui et Séguin pour le Non. Ce débat était sur TF1, certes. Mais il avait le mérite de faire sérieusement le tour du problème.

Aujourd’hui, à la suite d’un débat qui était censé remotiver et dynamiser les partisans du Oui, les premiers sondages donnent une victoire accrue du Non.

Moralité temporaire : on n’est jamais trop séreux, ni trop didactique avec la démocratie. Si l’on veut que le Oui l’emporte, il ne faut ni diaboliser, ni infantiliser le Non.

Question subsidiaire : le Président Chirac interviendra-t-il encore dans le débat ? Et avec des adultes de plus de 30 ans ? N’ayez pas peur, Monsieur le Président, si ça se trouve, ils seront plus gentils et plus révérencieux envers votre grand âge que les petits jeunes de jeudi soir.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Avril 2005
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