Untitled Document
 

     BiLLeTS d'HuMeuR
 
CD, DVD, MD,
VIVE LE MANQUE A GAGNER !

Billet d'humeur du 2 décembre 2003

Le manque à gagner n’est pas une notion économique nouvelle.


Nos sociétés obèses ne faisant que recycler à l’infini des phénomènes qui marchent (Adamo, Michelle Torr), il arrive fréquemment que nous profitions du renouveau d’un produit oublié (le pois chiche, la fève). Le manque à gagner fait parti de ces retrouvailles et comme tout rappel, le voici updaté.

Prenons un produit X qu’une société compte mettre en bonne place sur le marché. Ce produit X est novateur dans son secteur : on a ouvert des audits qui ont coûté cher mais dont les résultats ont pointé le potentiel commercial de X et ont donc prédéfinit la place qu’il fallait lui octroyer sur le marché. Hélas ! Après la mise en place coûteuse de X, un incident I, un problème P, bref une conjoncture, fait que la vente de ce produit se trouve plus ou moins grevée de façon plus ou moins sérieuse. C’est le manque à gagner. Dans le manque à gagner, on notera un fait important bien que souvent occulté : la société avait parié sur un potentiel, et le potentiel - c’est inscrit dans le Petit et le Gros Robert - n’est rien moins que l’antonyme de l’acquis. La société aura moins à perdre en mettant en cause la conjoncture dont est victime son produit, plutôt que l’éventuel manque visible de qualité de celui-ci dont le consommateur visé n’aura pas été dupe.

Venons en au fait

Venons en au fait : le marché du disque digital (CD, MD et DVD).
Rappel historique sans date (je ne les ai pas sous les yeux) : création du MP3, ouverture sur Internet de la grande foire aux téléchargements sauvages version Napster et consorts. Brandissant la bannière du manque à gagner, les majors internationales du disque ruent dans les brancards et, de procès en coups bas, ferment Napster et consorts. Et ouvrent les sites payants. Tout le monde est content. Les majors relèvent les compteurs. Les consommateurs reviennent dans le droit chemin, culpabilisant d’avoir été tenté de s’adonner ainsi au pillage des droits d’auteurs, pillage hautement brandit, lui aussi, au moment de la fronde des industriels.

Premier arrêt au stand

Deux problèmes à soulever.
Un : les droits d’auteurs, précisément. Je reprends la news parue dans Jowebzine récemment et indiquant que EMI ouvre un site avec abonnement à 6 euros par mois, 43 par an pour un téléchargement illimité de toute l’actualité musicale du moment. Question : à combien se chiffre la part de droits d’auteurs dans un mois de téléchargement à 6 euros ? Même multipliés par x abonnés ? Franchement ! En enclenchant cette énorme machine à bénéfices, les majors trouvent le moyen idéal d’accroître leur chiffre d’affaire en effaçant un à un les membres de la chaîne de parasites qui jusque-là leur suçaient le dividende : la fabrication délocalisée en Asie, le distributeur, la communication, le disquaire. Avec Internet, finies les conneries : on fait chanter, on masterise, on met en ligne. On propose à l’artiste d’augmenter ses dix pour cent de droits d’auteurs ? Tu veux rire ? Pour quoi faire ?

Deux : la diffusion. D’accord, Florent Pagny n’a pas besoin d’Internet pour faire connaître son vague à l’âme poujadiste contre l’administration fiscale. Il a besoin de vendre pour payer ce qu’il doit. Ca fait quinze ans qu’on l’engraisse et qu’il gère mal, si on pouvait cracher encore un coup au bassinet que le fisc le lâche, ça serait sympa, après il le jure, il fout le camp en Patagonie. Donc la diffusion pour les gros, y a des budgets pour ça et le téléchargement gratos = manque à gagner. En revanche, Nihil, groupe bordelais formé en 1997, trois albums et pas mal de scène, aurait sans doute plus à gagner en étant mieux diffusé, voire en profitant lui aussi du téléchargement sauvage. Avec des ventes confidentielles, il est parfois bon de pouvoir passer de main en main plutôt que d’être à la traîne sur le marché à cause du prix prohibitif du CD, de l’inaccessibilité pour les petits labels aux têtes de gondole, du mutisme de la presse lourde comme un cheval mort qui ne se déplace pas toujours sur les bons évènements. Je caricature ?

Deuxième arrêt au stand

La loi sur les protections des CD et DVD mise en place par ce pauvre Ayagon qui, depuis qu’il a réglé leur compte aux intermittents, s’ennuie à mourir et rêve de nouvelles conquêtes. Une fois encore, voilà la bannière du pillage des droits d’auteurs. Alors à quoi sert la taxe prélevée (et augmentée du reste l’année dernière) de 5% sur la vente des CD, MD et DVD vierges censés être reversées aux caisses d’indemnisation des auteurs, compositeurs, interprètes ?

Est-ce que notre bon ministre de la culture n’aurait pas plutôt reçu à déjeuner d’imposants lobbystes du disque qui font régulièrement la tournée des grands ducs en pleurant sur le manque à gagner - à savoir donc, sur la conjoncture qui fait qu’un disque de Florent Pagny (au hasard, vraiment, je n’y peux rien, je ne pense qu’à lui, sans doute passent-ils trop son disque à la radio) se serrait sans aucun doute bien mieux vendu s’il n’avait pas existé la possibilité, pour toute une bande de consommateurs déviants ou influencés, de pirater ce disque (sans qu’il ne soit jamais évoqué la possibilité que l’échec commercial du-dit produit ne soit dû qu’à son inextinguible médiocrité, il va de soit). Et de légiférer ! Et de promettre monts d’amendes et merveilles de châtiments au renégat qui ne prendrait pas tout cela très au sérieux ! Et d’autoriser, en guise d’avertissement, la commercialisation sur le sol d’un des premiers états au monde à légiférer sur ce grave problème d’utilité publique, de toute une ribambelle de CD et de DVD (Le roi lion, en dernier exemple) complètement illisibles sur autre chose qu’une bonne chaîne stéréo ou un bête lecteur. D’où l’intérêt de pousser le consommateur à se sur-fournir en ordinateurs multimédias, sans doute.

Alors on en vient aux questions de conclusion qui s’imposent.


Chères majors du disque qui, pour la plupart, avez intégré dans vos groupes verticaux quelques modestes constructeurs de matériels haute fidélité (Sony, Philips, Siemens entre autre), à quoi servent exactement :
- les lecteurs/enregistreurs MP3 ?
- les lecteurs/enregistreurs CD de salon ?
- les lecteurs/enregistreurs DVD de salon ?
- les lecteurs/enregistreurs MD ?
- les lecteurs/enregistreurs K7 ?
- les CD, DVD, MD vierges ?


Si c’est pour s’enregistrer en train de piaffer sous la douche ou copier sur support digital les films de nos vacances à crédit, faut nous prévenir maintenant, comme ça on pourra réviser à la baisse nos budget pour Noël. Si c’est pour d’autres choses, alors j’attends de les connaître : pabst@noos.fr


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Décembre 2003

Untitled Document













Untitled Document
Copyright © 2001-2006 - Tous droits réservés