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     BiLLeTS d'HuMeuR
 
LE CAS PETE DOHERTY
Chronique du 21 mars 2006
Pete Doherty, co-leader fantasque des feus Libertines a été jeté en pâture, depuis quelques temps déjà, à une presse impitoyable. Il est même de très bon ton de cracher sur ce songwriter pourtant génial et aux prouesses fascinantes.


Pete Doherty : cette voix bancale, fragile, cet indéniable talent d’écriture, ces mélodies bouleversantes. C’est cela qu’il faut retenir. Cependant, à l’occasion de la sortie imminente du livre The Libertines : bound together d’Antony Thornton - qui retourne une fois de plus le couteau dans la plaie déjà bien trop exsangue - on se demande si l’Histoire fera cas de ce genre de dithyrambes ô combien justifiées.

Son addiction au crack et autres substances illicites, ses badinages avec Miss Moss, son mode de vie énigmatique et douteux, ses concerts annulés, ses fans déçus… C’est bien cela que l’Histoire retiendra, hélas. Le chaland a besoin de sensationnel, de grand frisson, de cavalcade à la Florence Rey et Audry Maupin, de sexe outrancier, de substances illicites et de cerveaux flingués avant l’âge. Du moment que cela ne lui arrive pas : le quidam (pour ainsi dire nous tous) vit par procuration. Et nombre sont ceux qui ont vécu ainsi au rythme des tribulations de Pete D. dans la perfide Albion.

L’Histoire est cruelle. Tant pis pour les chansons de ce jeune romantique en perfecto et Chelsea boots éculées. Tout le monde semble vouloir ignorer l’héritage déjà grandiose de Doherty et de ses Libertines. On ne veut pas admettre qu’un camé devenu caricature de lui-même soit à l’origine d’un tel renouveau du rock’n’roll, d’une telle renaissance de l’esthétisme mod ("clean living under bad circumstances") et autres. Tous ces suiveurs, de Razorlight aux Paddingtons, en passant par The Others et Art Brut, ne peuvent cracher dans la soupe. Et pourtant, les déclarations sournoises envers Doherty pullulent aujourd’hui, comme autant de vestes retournées, bafouant toujours plus sa dignité.

Mais pensez donc à ce Gibus (en Phrance, oui !) enflammé chaque semaine par de nouveaux groupes encore pubères, sapés comme des princes russes déchus, ces Naast, Brats, Second Sex, Parisians… D’où vient cette profusion de jeunes pousses toutes acquises à la cause rock’n’roll ? Pas besoin de chercher plus loin.

Pete n’est pas qu’une vulgaire bête de foire à tabloïds, ni un troubadour aux idéaux fumeux ou tout ce qu’on voudra. Pete Doherty est un songwriter au sens noble. Taillant ses chansons dans le même bois de rose que, jadis, les Beatles, les Smiths, tous ces hérauts de la pop culture, tout ce qui a fait que l’Angleterre est l’un des seuls endroits sur Terre où le fait de jouer du rock’n’roll est envisageable.

Les Libertines ont ouvert une brèche dans laquelle tant de poseurs et imposteurs se sont engouffrés, ceux-là même qui ont promptement retourné leur veste. Pete a imposé un style, un nouveau code de couleur, une pensée, un style et une plume fascinante. Il a remis au goût du jour les guérillas gigs (à Whitechapel sur le toit d’un immeuble par exemple) et la blanche mélancolie de Morrissey. Il a bluffé tout le monde avec ses airs de personnage tout droit sorti d’un roman de Dickens, la clope au bec, sous son long caban, ponctuant ses interviews de paroles sibyllines. Le poète, en un mot. Un Rimbaud moderne, vivant vite et passionnément pour mieux se protéger de la violence du quotidien.

Finalement, le succès et la drogue, entre autres choses, ont eu raison de lui. Et c’est un Pete Doherty bouffi et sans grâce, que l’on retrouve chaque semaine, comme on retrouve son feuilleton préféré, dans la presse mondiale. On croyait en lui, on le croyait invincible car animé d’une verve majestueuse. Quand Up the bracket est sorti, tout semblait possible. Mais, la presse a frappé une fois encore, sans pitié. Et en chacun de nous, c’est Rimbaud que l’on a assassiné.

A présent, s’il y a bien une chose que les gens sensés (et ils sont légion !) admettrons, c’est le fait que, sous ses airs de rock star aux intentions morbides et autodestructrices, Peter Doherty restera l’un des personnages les plus fascinants et ambigus de ces dernières années. Un passeur. Un Prométhée. Qui aura brûlé ses ailes pour les autres. Et c’est peu de le dire.


Gabriel Péreira
© Jowebzine.com - Mars 2006



Site officiel des Babyshambles (groupe actuel de Pete Doherty) : www.babyshambles.net
Babyshambles en concert au Bataclan le 11 avril prochain.
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