L'AFFAIRE GUY
DRUT
Billet d'humeur du 20 juin 2006
Il
fait beau sur la France. Rolland-Garros est terminé, mais le
Mondial de foot commence à peine. Guy Drut est-il soluble dans
la douceur de l’été ?
Petit souvenir personnel. Avant de courir le 110 mètres haies,
Guy Drut, à Montréal, en 1976, s’était
remis les valseuses en place. J’avais beau avoir 13 ans à
l’époque, je n’avais pas trouvé le geste
follement classe? même s’il avait garanti la victoire
au Français.
Aujourd’hui pour paraître classe, il faudrait sans doute
que Guy Drut se remonte les joyeuses jusqu’à la pomme
d’Adam. En quelques jours, il vient de renforcer un peu plus
ceux qui jugent qu’en politique, "ils sont tous pourris".
Rappel des faits : en octobre 2005, Guy Drut a été condamné
par la justice pour avoir touché 20 000 francs par mois sur
trois ans pour un emploi fictif chez un bétonneur. Le même
Drut n’est pas un sportif ayant raté sa reconversion.
Député RPR de Seine-et-Marne depuis 1986, il est aussi
actionnaire d’une société de travaux publics.
Il déclarait 13 millions de revenus au fisc en 1994.
Faut-il ajouter que Jacques Chirac est le parrain d’un des enfants
Drut ?
En 2002, le gouvernement faisait voter une loi prévoyant que
"les sportifs qui se sont distingués d’une manière
exceptionnelle" pouvaient bénéficier, le cas échéant,
d’une amnistie individuelle.
Le Président de la République, Jacques Chirac, a déjà
distribué des grâces (dont ont bénéficié
Maxime Gremetz ou José Bové). Il n’a amnistié
individuellement qu’une seule personne : Guy Drut.
Quelle est la différence entre une grâce et une amnistie
? La grâce dispense d’accomplir la peine alors que l’amnistie
efface la condamnation, à condition que le coupable paye l’amende
qui lui a été infligée. Ce que Guy a fait, rubis
sur l’ongle.
Plusieurs questions se posent : en quoi un sportif aussi éminent
soit-il apporte plus à la Nation qu’un artiste ou un
chercheur ?
Quand on habite depuis des années dans un grand palais, en
quoi est-on à même de connaître la goutte d’eau
qui fera déborder le vase de la République ?
Quelle image, un pouvoir qui fonctionne entre copains et coquins,
renvoie-t-il au peuple qui l’a élu ?
Quand il a été réélu, dans les circonstances
que l’on sait, en mai 2002, Chirac aurait dit à ses affiliés
: "Maintenant, on n’a plus de raisons de se laisser emmerder
!" S’agissait-il du point central de la politique qu’il
comptait mettre sur pied durant cinq ans ?
Dans ce cas, il faudrait concéder au "grand couillon"
(dixit le général de Gaulle) qu’il a réussi
sa mission. Il ne s’est pas laissé importuner puisqu’il
a un statut d’intouchable et, en plus, en homme de clan comparable
à la Camorra, il a systématiquement aidé ceux
qui payaient pour lui.
- Tu vois, mon gars, leur a-t-il dit, tu te fais condamner à
ma place et ensuite je m’arrange pour t’aider.
Au fait, savez-vous que Chirac, Villepin et compagnie, espèrent
que la France ira en finale au Mondial de foot chez nos voisins allemands.
Si Zidane et les autres accomplissaient tel exploit, Chirac et ses
sbires sont certains que la victoire rejaillirait sur leur côte
de popularité.