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     BiLLeTS d'HuMeuR
 
L'EURO
 Billet d'humeur du 8 janvier 2002
L’euro est là, le voilà, on en avait tellement entendu parler… On brûlait de le voir, de le palper, de le sentir. Et bien, on n’aura pas été déçu. Comme tout événement d’envergure nationale (coupe du monde de foot, élections…), le passage à l’euro est une occasion de plus d’observer nos chers concitoyens. Et, comme La Bruyère, de distinguer plusieurs caractères comportementaux.

Le pressé : il faisait la queue devant le distributeur de billets le 31 décembre dès 19h00. Il avait déjà 5 sachets d’euros en poche, et dès le deux janvier, il liquidait ses francs au guichet de la banque. Bizarrement, le pressé est patient, et n’hésite pas à faire la queue pendant des heures pour être parmi les premiers euroconvertis.

Le prévoyant : il garde un peu de tout : des francs, des euros, des marks. Au cas où les distributeurs de café ne passeraient pas tout de suite à l’euro. Et au cas où on pourrait repasser au franc. On ne sait jamais.

L’organisé
dispose de porte-monnaies à deux poches, une pour chaque monnaie, acheté exprès à cette occasion, et qu’il convertira, lui aussi, au bout de 4 jours : une poche pour les pièces, une poche pour les billets.

Le sceptique
: il a du mal à croire qu’on y est arrivé. Il continue à payer en francs, comme si de rien n’était. Il n’a pas un seul euro en poche, et se dit qu’il aura bien le temps de s’y mettre quand ce sera le moment.

Le râleur : on n’entend que lui. Français depuis 42 générations, ce coq n’a jamais vu un tel « bordel » (le râleur est souvent grossier). Il engueule le commerçant, le guichetier, et enjoins le gouvernement à faire ses courses le dimanche au marché. Pour voir… Il paiera en euro à partir du 17 février, et gare si on ne lui rend pas la monnaie en franc. Non, mais.

Le méfiant
: convertisseur en poche, il vérifie le résultat de la caisse enregistreuse, recompte trois fois sa monnaie et ne paie plus par carte bancaire.

L’efficace : il choisit la file où ça va le plus vite. C’est la caisse en francs ? Il sort ses francs. Celle en euros ? Il sort sa monnaie en euros. L’efficace est souvent un organisé qui s’ignore, et à défaut de porte-monnaie, il a une poche pour chaque monnaie. Il s’entraîne à jouer à la marchande depuis 3 semaines, et compte la monnaie à une vitesse surprenante. Pour lui, tout ça n’est qu’un jeu d’enfant.

Le filou : il essaie de faire passer sa ferraille en francs et dans toutes les monnaies du monde au milieu de pièces en euro. Il a fait provision de pièces de 50 bats thaïlandaises (même poids et même composition que les pièces de deux euros) pour les distributeurs automatiques. Enfin, il revend à prix d’or ses pièces de 1 franc de 1960 en assurant à ses copains qu’un jour, elles vaudront de l’or.

Le collectionneur, enfin (à ne pas confondre avec le numismate) garde un exemplaire de chaque pièce et de chaque billet en franc. Il est déjà à la recherche de pièces en euros des autres pays. Il n’y connaît rien et se fait arnaquer par le filou décrit ci-dessus.

Vous vous reconnaissez parmi ces personnages ? Pas de panique : d’ici deux à trois semaines, il n’y paraîtra plus. Si les symptômes persistent, consultez cependant votre médecin (s’il n’est plus en grève).


Carine Weill
© Jowebzine.com - Janvier 2002
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