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     BiLLeTS d'HuMeuR
 
EURO 2004
De notre envoyé spécial au Portugal
Billet d'humeur du 15 juin 2004
Vendredi 11 juin 2004
Que les farouches abhorateurs du football, qui ont vécu le Mondial 98 comme une souffrance intolérable, remercient les Dieux de ne pas les avoir fait naître Portugais. En cette veille de coup d'envoi de l'Euro 2004, à l'instant précis où vous posez les pieds sur le sol lusitanien, sachez que vous êtes destiné à voir, entendre, boire et manger "ballon rond".

Pas un centimètre carré publicitaire qui ne vante la grand-messe du futebol européen qui se prépare. Pas un balcon qui, à la demande des plus hautes autorités de l'Etat, n'arbore fièrement son drapeau national. Pas une émission de télévision qui envisage d'évoquer autre chose que cette magnifique épreuve sportive… dont le dénouement sera favorable (forcément favorable) à la valeureuse équipe nationale dont le talent est sans égal.

La grande trouvaille patriotique portugaise étant, sans conteste, un habile système permettant de fixer en haut des portières de voitures, coincés entre la vitre et son encadrement, des "bandeiras" de taille respectable qui, dans la circulation des villes et des campagnes, flottent comme autant d'oriflammes chevaleresques.


Samedi 12 juin
Cette fois, les choses sérieuses commencent et c'est à Porto, dans le nord du pays. Luis Figo, l'idole de tout un peuple, a l'honneur d'ouvrir le tournoi contre de modestes Grecs dont les journaux locaux font bien peu de cas. Pour tous, c'est une affaire entendue : la marche triomphale commence.

Impossible de vivre la fête au stade du Dragon : il y a 300 km de notre camp de base, Lisbonne, à Porto et, surtout, toutes les places sont vendues depuis des mois. Toutes ? Non. Une rumeur persistante fait état d'une poignée de billets encore disponibles sur place. 105, 85, 35… les informations sont contradictoires, mais la file d'attente des supporters Portugais est impressionnante qui tentent leur dernière chance "d'y être".

L'autre endroit où il faut être pour suivre ce match (et nous y sommes), c'est le parvis du Parque das Naçoes de Lisbonne. Plus de 10 000 jeunes (et moins jeunes) s'y entassent pour supporter les stars invincibles. Nous avons nous-même, en resquillant un peu, trouvé place dans le sable confortable du stadium de beach-football. Que le spectacle commence ! Las, on joue depuis moins de cinq minutes que les irrespectueux Hellènes marquent sur leur première occasion. Stupeur (et tremblements) de tout un pays qui verra ses idoles cafouiller leur football pendant 90 minutes et se faire humilier par une équipe de seconde zone qui venait là sans ambition particulière.


Dimanche 13 juin
Il n'est plus temps de se moquer des malheurs portugais : c'est au tour de l'équipe de France d'entrer dans la compétition contre la redoutable Angleterre. En réalité beaucoup plus redoutable par la masse (et le comportement) de ses supporters que par la qualité de son football.

Justement, parlons-en de ces supporters. On ne sait pas d'où ils sortent, ils n'étaient pas là hier, mais ils sont partout aujourd'hui. Rouges (le soleil), bruyants (la bière) et plutôt bon esprit, ils déambulent en ville par grappes compactes, chantent sans discontinuer et chambrent copieusement les quelques froggys qu'ils rencontrent.

Deux heures avant le coup d'envoi, l'entrée du superbe Stado da Luz est saturée d'un public joyeux et pacifique qui s'apprête à passer l'une des plus fameuses soirées de football de sa vie. Miraculeuse pour les uns, dramatique pour les autres.

Dans l'enceinte même du stade, les supporters Anglais occupent, au bas mot, les deux tiers de tribunes qu'ils ont couverts de drapeaux blancs à croix rouge. Cette domination numérique semble d'ailleurs leur faire perdre un peu le sens des convenances quand ils entreprennent de siffler copieusement l'hymne français durant la cérémonie protocolaire d'avant-match.

Et ça n'est pas le but marqué de la tête par Lampard en fin de première mi-temps qui est de nature à calmer leurs ardeurs "patriotiques". Jusqu'à ce retentissant God save the Queen entonné comme un seul homme par 40 000 Anglais conquérants et sûrs de leur fait, à moins de 10 minutes de la fin. Heureuse initiative : ils auraient tardé un peu que ce plaisir même leur aurait été enlevé.

La suite, vous la connaissez : un pur miracle de football. Les deux tiers des spectateurs silencieux et hébétés. Les autres au bord d'une extase totale, saturés d'adrénaline (et de soulagement). Pendant près d'une heure après le match, les 20 000 Français présents vont rester dans le stade pour savourer ce dénouement imprévisible, voir et revoir inlassablement les actions marquantes du match qui défilent en boucle sur les deux écrans géants du stade, chanter les louanges des "héros" de la partie (Fabien Barthez y a largement sa place) et s'apostropher pour se raconter encore et encore le plus incroyable temps additionnel du football français. Impossible de dormir après ça, mais Lisbonne regorge de petits restaurants accueillants qui restent ouverts assez longtemps pour épuiser les supporters les plus motivés !


Lundi 14 juin 2004
Il n'y a plus d'Anglais dans les rues. Ils ont disparu comme ils étaient apparus : subitement. Il y a aussi moins de drapeaux portugais aux fenêtres et sur les voitures. À moins que l'on s'habitue… Par contre les Suédois ont fait leur apparition en masse et, dans le genre bruyant, ils présentent des qualités indéniables !

D'ailleurs, le vrai truc sympa, c'est ça : déambuler dans les ruelles ensoleillées de Lisbonne et de ses environs et croiser à tout instant, par petits groupes, des touristes de tous horizons, arborant plus ou moins discrètement quelque signe distinctif de son équipe (et de son pays). On se sourit, on se parle, on se souhaite bonne chance pour la suite et on continue son bonhomme de chemin… Le rugby a l'habitude de cette fraternité sereine. Espérons que le football finisse par la découvrir…


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Juin 2004
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