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     BiLLeTS d'HuMeuR
 

LA DISPARITION D'UN THEATRE :
LE LAVOIR MODERNE PARISIEN


35 rue Léon
75018 Paris
Tél : 01 42 52 09 14

Billet d'humeur du 27 janvier 2004

Un théâtre est menacé de disparition dans un quartier où les lieux culturels se font rares. L’indifférence des politiques montre que la situation est grave et emblématique des temps présents.


Il y a une dizaine de jours et sur les conseils d’un ami, je suis allé dans un théâtre qui s’appelle le Lavoir Moderne Parisien voir une pièce Ici, aujourd’hui, mise en scène et interprétée par Carole Thibaut.

J’étais déjà venu au Lavoir Moderne Parisien. J’y avais vu Mireille Perrier dans une pièce poignante d’après les souvenirs d’une petite fille juive pendant l’Occupation. J’avais apprécié le lieu, un ancien lavoir immense reconverti en scène théâtrale. De plus, ce théâtre se trouve à Paris, dans le 18e arrondissement. À Château-Rouge pour être précis. Un endroit à la fois extrêmement vivant et extrêmement défavorisé. Un lieu-ghetto comme notre politique urbaniste des années 1960 a su en produire dans, ou à côté, de chaque grande ville.

Il va de soi que l’implantation d’un théâtre dans un quartier n’est pas chose neutre. Le 18e arrondissement, unanimement connu dans le monde entier (merci Amélie Poulain !), présente deux faces. Celle arpentée par les touristes et dont la beauté est évidente. Celle des quartiers défavorisés, des ZUP à laquelle aucun homme politique digne de ce nom ne s’intéressera réellement…

Les théâtres dans ce 18e peu glamour comme dans les banlieues à cité dortoir se comptent sur les doigts d’une main. Ils permettent cependant d’animer les lieux alentours et ils permettent à la culture de circuler, dans la mesure du possible.
La pièce que j’ai vu ce soir-là, était un magnifique coup de poing. Carole Thibaut ausculte les rapports homme-femme à travers le prisme de la violence. Cinq auteurs contemporains lui permettent de parler d’amour, de mort et de désir. Face à la tiédeur des choix artistiques des soi-disant créateurs, Carole Thibaut réinvente le théâtre, dans son coin. Elle lui insuffle force et vérité.

Aucune mièvrerie, aucune minauderie.
Ce soir-là donc, j’ai découvert, des acteurs, les choix d’un metteur en scène et cinq auteurs absolument remarquables.

Aussi ai-je été étonné d’apprendre que le Lavoir Moderne Parisien risquait de fermer, faute de subventions. Un lieu qui vous stimule et vous fait découvrir de la beauté. Bientôt un souvenir dans la mémoire de quelques amateurs ? Ne reste-t-il d’autre choix aux gens que d’allumer TF1 et de regarder soit le journal de Jean-Pierre Pernaut, soit l’apprentissage de l’artiste médiatique à la Star Académy ?

Pour vivre et subsister, le Lavoir Moderne Parisien avait besoin des subventions du Ministère de la Culture et de la Mairie de Paris. Le théâtre n’a pas obtenu ces subventions. Déjà les années précédentes, ces subventions se faisaient de plus en plus chétives. Etranglée, l’équipe menée par son directeur Hervé Breuil n’aura plus le choix que de mettre la clé sous la porte.

Ces gens-là sont dangereux. Sur le site Internet du théâtre, que je vous encourage à visiter (www.rueleon.net) le directeur a lancé un manifeste de la diversité culturelle dénonçant les dangers de l’uniformisation et des monopoles.

Ces gens-là sont irréalistes. Ils n’ont pas compris que la culture n’est plus un enjeu. Du moment que le peuple a de quoi bouffer et qu’il peut allumer sa télé, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Si le peuple décide de sortir de chez lui, et comme il n’y a rien à faire dans cet univers acculturé, s’il se réunit dans les cages d’escalier, le peuple comprendra vite que la police omniprésente a le droit de le coffrer.

Polémique mise à part, l’indifférence des politiques et de tout un chacun concernant la disparition d’un lieu culturel dans un quartier difficile, nous montre que le statut des intermittents est la partie visible de l’iceberg. En France, la situation des artistes devient un parcours du combattant, voire un Golgotha.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Janvier 2004
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