PATRICK LE LAY - TOUTE VERITE...
Billet d'humeur du 17 août 2004
Il
est des circonstances, des moments brefs mais intenses durant
lesquels l'esprit le mieux formé ne peut contenir un
irrépressible besoin d'épanchement, de sincérité
naïve, presque désarmante… C'est sans doute
durant un moment rare et fragile de ce genre que les auteurs
de l'ouvrage Les dirigeants face au changement (Editions du
Huitième Jour) ont rencontré Patrick Le Lay, PDG
de TF1. En rapportant fidèlement ses propos, ils ouvrent
au public une petite porte restée longtemps secrète
qui offre des perspectives intellectuelles et morales infinies.
Mais écoutons plutôt ce que M. Le Lay a à
nous dire :
"Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision.
Mais dans une perspective business, soyons réalistes
: à la base, le métier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola,
par exemple, à vendre son produit. Or pour qu'un message
publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur
soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le
rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le
détendre pour le préparer entre deux messages.
CE QUE NOUS VENDONS A COCA-COLA, C'EST DU TEMPS DE CERVEAU HUMAIN
DISPONIBLE".
Du temps de cerveau disponible… Bien sûr, depuis
longtemps, les observateurs lucides ont analysé le mode
de fonctionnement de l'entreprise TF1 : pour engranger le plus
de profits il faut diffuser le plus de publicité possible.
Pour faire venir les annonceurs, il faut faire la plus grosse
audience possible. Et pour faire la plus grosse audience possible,
il faut trouver le plus petit dénominateur commun entre
les téléspectateurs potentiels. Ou plutôt
le niveau commun le plus bas possible (beaucoup plus rapide
et facile que de travailler à le niveler par le haut,
il faut bien le reconnaître !).
TF1 applique ces préceptes à lettre et renforce
sa position dominante en accentuant encore l'ignominie de ses
programmes (cf. la récente Ferme des Célébrités).
TF1 est riche. TF1 éprouve un mépris total pour
son public et l'affiche quotidiennement dans sa programmation…
et ponctuellement quand son patron prend la parole.
Une telle logique, industrialisée sans état d'âme,
trouble forcément "l'honnête homme" qui
en prend connaissance. Pas grand-chose à faire, en effet,
contre ce rouleau compresseur surpuissant. Pas grand-chose,
sinon éteindre la télévision. Mais qui,
aujourd'hui, est capable de ce geste ? À coup sûr
pas le public progressivement lobotomisé de TF1 qui applaudit
à tout rompre aux gesticulations simiesques d'un Lagaf,
se complet aux régressions mentales proposées
par un Arthur opportuniste ou se délecte de certains
jeux érotiques post-adolescents et insulaires, indignes
du plus mauvais des téléfilms tardifs et dominicaux
de M6…
Au milieu de ce flot d'immondices, une citation me revient à
l'esprit. Elle date un peu (1987), mais est restée gravée
dans beaucoup de mémoires. Elle émanait du ministre
de la Culture de l'époque et justifiait le choix de Francis
Bouygues pour prendre le contrôle de la première
chaîne française que l'Etat s'apprêtait à
privatiser. "Pourquoi Bouygues ?" demandait-on au
bon ministre. "Parce que le gouvernement a choisi, parmi
les candidats, celui qui était le MIEUX DISANT CULTUREL".
Outre cette trouvaille brillante, François Léotard
est aussi connu pour le talent d'acteur de son regretté
frère, Philippe, et pour les travaux réalisés
gratuitement dans sa villa varoise par certains entrepreneurs
amis…