LIVRES : OU
EST LA LITTERATURE ?
Billet d’humeur du 6 juin 2006
Hasard
de l’édition, prémices de la transhumance estivale
et de la lecture pas prise de tête sur la plage, je ne sais
pas. Peut-être n’y avais-je pas prêté attention
les premiers mois de 2006 ou les années précédentes,
mais depuis plusieurs semaines, les listes des meilleures ventes (sources
Le Nouvel Observateur et Express) sont surprenantes. Les premières
places mais aussi les trois-quarts des titres relèvent d’un
seul genre : le roman policier ou assimilé. Et ces listes ne
prennent pas en compte les ventes en hypermarchés !
Des noms ? Parmi ceux que je connais : Dan Brown (Monsieur Da Vinci
Code pour ceux qui vivraient sur une autre planète), lui c’est
carrément avec ses 3 romans, Mesdames Cornwell, Higgins Clark
et James, Messieurs Grisham et Chattam…
Et quand il y a des romans ? Josiane Balasko, Philippe Labro et Katherine
Pancol. Nous sommes sauvés ! Ah non, j’oubliais Danielle
Steel…
Je suis (un peu) de mauvaise foi, il y aussi quelques bons auteurs
de polars, quelques écrivains perdus au milieu, mais tout de
même cela fait bizarre de voir cette mono culture. Et comme
le soulignait Philippe Sendek la semaine dernière au sujet
du dernier roman d’Alison Lurie, toute une production littéraire
est totalement ignorée. Qui incriminer : la critique, les campagnes
de publicité pour qui le livre est devenu un produit de consommation
banalisé qui doit "rapporter", l’école
? Ou bien encore ce renversement des valeurs qui permet à de
charmants jeunes (et moins jeunes) gens, stars d’un jour, d’annoncer
fièrement n’avoir jamais ouvert un bouquin ?
Je sais bien, quelques Cassandre nous prédisent de toute façon
la fin de cette culture de l’écrit (sauf sur l’écran
de notre ordinateur), et si la lecture doit se limiter aux quelques
auteurs mentionnés plus haut, oui, la fin approche ou peut-être
pire encore : un nouvel élitisme où seule une minorité
aura accès à cette source d’enrichissement que
représente la lecture…