QUAND
LA MUSIQUE DETONNE
Billet d'humeur du 28 octobre 2002
Il
est, dans la vie, nombre de petits riens sans conséquence
sils sont considérés individuellement, mais
qui, accumulés, peuvent rapidement vous pourrir la vie.
Parmi les plus pernicieux, on trouve sans conteste la musique.
Rassurez-vous, je ne vais pas honteusement profiter de la tribune
qui mest offerte pour me lancer dans une violente diatribe
contre cette « invention du malin » destinée
à détourner les hommes et les femmes du droit
chemin. Ce serait mal me connaître et mal connaître
mon amour immodéré pour cet art.
Non, la musique dont je veux vous entretenir ici est de celle
que nous subissons en permanence et contre notre gré
aussitôt que nous mettons un pied dehors.
Impossible daller chez le coiffeur, de rentrer dans une
boutique ou de faire ses courses dans un centre commercial sans
avoir les oreilles immédiatement submergées par
un flot musical incontrôlé alliant le plus souvent
mauvais goût et grésillement persistant.
Impossible dattendre sur le quai dun métro
ou dun RER sans subir les jeux débiles, les publicités
grotesques et les chansons ringardes dune radio FM de
seconde zone. Impossible de monter dans un wagon de la SNCF
ou de la RATP sans profiter ad nauseam démules
défraîchis des Gipsy King, de crooners au play-back
dévastateur ou daccordéonistes roumains
réinterprétant (très) librement les grands
classiques du bal musette.
Impossible, enfin de prendre un couloir de correspondance ou
de traverser le hall dune gare sans tomber sur une insupportable
version de Let it be interprétée à la flûte
de pan par dauthentiques musiciens péruviens (on
les reconnaît au bonnet de laine en plein mois daoût)
!
Alors, je dis : stop !
"Ah ouais, gros malin ? Et comment tu ty prends pour
faire arrêter la sono à gogo ?" vous entends-je
ronchonner les yeux rivés à votre écran
dordinateur.
Cest tout simple : en soignant le mal par le mal ! Si
trop dinformation tue linformation, logiquement,
plus de musique doit permettre de tuer la (mauvaise) musique...
Celle des autres, en fait. Alors faites comme moi, sortez couverts
par le casque de votre discman ! Exit les Beatles à lorgue
de barbarie et Le petit vin blanc deux fois trop lent. Vous
choisissez méticuleusement votre CD, vous calez soigneusement
vos oreillettes et en un instant votre environnement sapaise,
tout nest plus quordre, calme et volupté
sauf, bien entendu (!), pour les fans dAC/DC !