OH
! OUUUUUUUIIIIII !!!!! (TENTATIVES MEDIATIQUES
POUR UN ORGASME EUROPEEN)
Billet d'humeur du 10 mai 2005
Le
29 mai, il faudra dire oui ou non à la Constitution Européenne,
mais d’ici-là les médias travaillent activement
à nous faire comprendre comment bien voter…
On avait pris l’habitude de ces périodes de campagnes
électorales au cours desquelles les grands médias
devenaient réceptacles des divers programmes proposés
par les candidats. On s’amusait même, en temps de
présidentielles, de ces petits partis nés d’une
dissidence, n’ayant souvent pas les moyens de leur communication
et palliant le manque en jouant la carte du décalage.
On pouvait prendre un certain plaisir à écouter
pérorer pendant des colonnes et des heures, ces hauts
responsables promettant monts et merveilles dans l’unique
espoir d’atteindre les 5 % des voix au-delà desquels
leurs frais de campagne seraient remboursés. On était
même, en de trop rares occasions, récompensé
de nos intérêts variés par un type débarquant
sur le champ de mine avec un nez de clown. Bref, on s’était
habitué à cette pluralité brouillonne qui
donnait aux précédentes élections un petit
air de Tour de France, quinzaine de foire d’empoigne où
des voitures publicitaires balancent dans la foule des échantillons
de Nutella et des portes-clé Renault, où des Miss
Maillot de Bain, embrassent des champions d’étapes
sur une estrade, près du monument au mort d’un
village paumé. La kermesse et juste derrière,
les grandes vacances.
Avec le référendum sur la Constitution
Européenne (et non, comme on a tendance à l’entendre
depuis le début de la campagne : référendum
pour la Constitution Européenne !),
on est redescendu d’une marche. Bon, c’est vrai,
en même temps il n’y a que deux candidats, M. Oui
et M. Non. Bon, c’est vrai, c’est un peu compliqué,
il n’y a qu’un programme électoral, il fait
deux cent pages rédigées en Lapon du VIe siècle
et les deux candidats ont tout une panoplie de lexiques pour
fabriquer des traductions au milieu desquelles on aurait même
pas envie de se perdre. N’empêche…
N’empêche, il est chaque jour stupéfiant
de constater à quel point les grands médias du
pays soutiennent la campagne de M. Oui, et ce avec une suspecte
application qui confine, quand même un peu, à l’organe
unique. En dehors de toute partialité, cet état
de fait est stupéfiant pour deux raisons.
La première, c’est qu’il s’avère
qu’une majorité de français s’apprêterait
à voter pour M. Non (si l’on en croit les sondages,
eux-mêmes instrumentalisables à merci). Or, on
sait que les lois du marketing poussent le commerçant
à emprunter sans se poser de question, la piste du plus
grand nombre afin de fournir du flux là où il
y a demande. En 2002, l’insécurité était
un thème extrêmement vendeur grâce auquel
les grands médias ont magnifiquement communiqué,
portant ainsi jusqu’aux urnes les résultats catastrophiques
des diverses philosophies de comptoir qu’ils avaient eux-mêmes
alimentées. Au lendemain du 21 avril, bon nombre de ces
fabricants de tirages records, ont fait de magnifiques mea culpa.
Et voici qu’aujourd’hui, contre un potentiel de
52% de personne, le barnum des grands médias sacrifie
à sa légendaire objectivité et n’ouvre
ses micros qu’à M. Oui.
La seconde, c’est la manière dont cette campagne
gratuite des mass médias pour M. Oui se déroule.
Comme une sorte de déferlante consensuelle, elle ne s’intéresse
même pas à la possibilité qu’il puisse
exister une campagne pour M. Non, déniant de manière
tout à fait exhaustive l’idée qu’une
partie de la classe politique et donc, de l’opinion publique,
puisse s’opposer à l’acceptation de cette
constitution. Cette communication se fait selon deux axes habituels
: martelage et omission. D’un côté, on ne
diffuse que la parole des tribuns du Oui en omettant totalement
de la remettre dans le contexte d’un discours politique
(se souvenir de la tentative de grande peur lorsque M. José
Manuel Barroso, président de la Communauté Européenne
est venu à Paris pour l’ouverture de la Campagne
pour le Oui, et s’est écrié que de toute
façon, quels que soient les résultats du Référendum
en France, la Constitution serait adoptée en l’état).
De l’autre, on ne diffuse pas la parole des tribuns du
Non et on la remplace par des commentaires donnés à
foisons par les experts du Oui sur les activités partisanes
de la campagne pour le Non (se souvenir de l’ouverture
de la Campagne du Non qui a commencé par un grand meeting
au Zénith de Paris, et pour lequel France Info, toute
la journée, n’a interviewé que des amis
du Oui, y allant tous de leurs virulentes critiques).
Dans cette campagne menée de front par une majorité
de politiciens français, un consensus national des grands
médias, contre une (pour le moment en tout cas, quoi
qu’il pourrait s’avérer que cette conjugaison
de pouvoirs fasse son office dans les revirements) majorité
de français, on en vient tout de même à
se poser la question : que cache cette fronde qui voudrait nous
voir tous pousser de grands cris orgasmiques ? Et pourquoi une
telle mise au pilori des partisans du "cul tourné"
?
Suffirait-il de regarder à qui appartient la presse pour
comprendre à qui profitera le crime ?