PIF
GADGET, LE RETOUR
Billet du mardi 20 juillet 2004
Après
onze ans d'absence, Pif Gadget est de retour dans les kiosques
! Mensuel pour le moment, ce souvenir ressurgit de notre enfance
pourrait bien reprendre sa place dans le cœur des enfants.
On a toutes les raisons de se réjouir du retour de Pif
Gadget. Ne serait-ce que pour flatter la nostalgie des trentenaires
(on parle toujours du blues de la quarantaine, de cette micro-dépression
qui saisit le quadra au moment du grand calcul, combien j’ai
vécu, combien il me reste - conneries tout ça,
c’est à 30 ans que ça fait mal, croyez-moi,
avec toutes ces madeleines de Proust qui s’enfuient en
se moquant de vous, quelle horreur !).
On a toutes les raisons de se réjouir du retour de Pif
Gadget précisément parce qu’à peu
près rien n’a changé. A commencer par le
gadget. Pour ce numéro 1, couvrant tout l’été
(épuisé à peine deux jours après
parution et re-tiré), c’est aussi un grand retour
: celui des Pifises. Mais si, les Pifises, rappelez-vous, ces
larves fossiles venues des confins de la préhistoire
et qui se réveillent sitôt que vous les plongez
dans l’eau, sorte de Gremlins microbiens et calmes. Une
fois que vous avez passé une heure quarante à
monter l’aquarium livré avec, vous ouvrez le sac
en papier contenant vos Pifises, vous les jetez dans la flotte
et vous attendez. Ca prend environ trois jours avant de bouger
le flagelle. Au sixième jour, tout le monde est réveillé
et ça danse dans tous les coins. Et au huitième
jour, tout le monde est mort. Mais en attendant, vous avez appris
ce qu’étaient les Pifises et ça, mine de
rien, pour peu qu’on ait moins de dix ans, ça vous
excite la curiosité.
Ensuite, on retrouve la bande à Pif. Cryogénisés
pendant près de onze ans suite au dépôt
de bilan de la société éditrice, et le
genou encore un peu mou, revoici Docteur Justice et ses atamis
vengeurs, Placid et Muzo et leurs neveux, Dicentim et son expansion
monétaire, Pifou et son sabir monosyllabique, Hercule
et sa croix de pansements, Léo et son gendarme à
moustaches, Corinne et Jeannot dont je ne me souviens plus et
Le Concombre Masqué qui n’est pas à la page
52 mais 69.
Après il y a les cahiers Pif ou comment, en plus des
Pifises qui sont en fait des artémias salina vieux de
60 millions d’années, devenir une tronche en culture
générale et en bon sens citoyen (qui était
Copernic, le travail des enfants dans le monde, les enfants
soldats, des recettes de cuisines, etc.)
Et puis, l’esprit Pif, originaire d’une opposition
manifeste au Journal de Mickey et son scoutisme débonnaire.
Alors que perd-on puisqu’on perd toujours quelque chose
à la renaissance ? On perd le trait de Pif. Je ne sais
pas par quelle sorte de concours de dessin parascolaire la rédaction
du journal a dégotté le remplaçant de Arnal,
mais il y a un gros problème. C’est moche et immature,
on dirait de la marge de double page destinée à
de très très jeunes prématurés.
Copie à revoir immédiatement.
Et la pub ! On ne croule pas dessous, mais elle est là.
Alors que la quatrième de couverture était toujours
dédié à l’autopromotion du numéro
suivant, ce qui, au niveau marketing interne était une
idée parfaite, on trouve dans ce premier numéro
un encart pour la Caisse d’Épargne vendant rien
moins qu’un contrat d’assurance vie pour vos gamins.
Pour la garniture intérieure, trois niveaux d’annonces
: le client pauvre qui vous pourrit une page entière
avec ses fonds d’écrans et ses sonneries pour portable
à télécharger moyennant quarante trois
euros la minute ; le partenariat avec des annonceurs plutôt
en adéquation avec l’esprit du journal, type Parc
Rahan ou La Cité des Insectes, ou alors relativement
éloigné des idéaux écolos chers
aux créateurs (un jeu avec EDF) ; l’affiche de
film ou de DVD (Garfield, La prophétie des Grenouilles).
Mais Pif est là. Et c’est bien. Le tout est de
savoir si la formule a encore sa place dans la presse jeunesse
d’aujourd’hui, si le côté désuet
qui plaira aux trentenaires passera les générations.
Comme souvent, la liberté de ton chez Pif est relativement
exemplaire. Même si Placid et Muzo ont des "neveux"
et non pas des enfants, on est loin de prendre le lecteur pour
un petit Bouddha qu’il vaut mieux préserver. Lobo
Tommy est un détective à la dure qui boit sec
et mange gras, Image mirage raconte les manipulations de la
télévision et la fin de La capitale des ruines
met en scène un résistant de la dernière
guerre, clope au bec, qui s’apprête à reprendre
les armes si les Américains s’incrustent trop longtemps
avec le coca et leurs cigarettes.
Pif. Mensuel. 3,90 euros. Ca vaut la peine de glisser ça
sur la table de chevet de vos enfants. C’est comme ça
que se crée vraiment l’offre et la demande.