Si
la Corse est la plus belle île du monde (ou peu s'en faut),
ses habitants ont développé quelques coutumes
fort étranges du point de vue du touriste de passage…
Vous savez ce que l'on dit de la Corse ? Que ce serait le plus
beau pays du monde si les corses n'y vivaient pas. Vaste connerie,
naturellement. Les Corses sont au contraire des gens certes
ombrageux, mais fort amicaux et accueillants.
Ils ont pourtant développé quelques coutumes toujours
très vivaces, aussi intéressantes à observer
qu'elles sont difficiles à analyser, et qui ne manquent
pas d'interpeller le touriste de passage sur l'île de
Beauté.
La première d'entre elles, immédiatement visible
lorsque l'on fait ses premiers pas en Corse, consiste à
s'attaquer, à grand renfort de peinture blanche, aux
panneaux indicateurs plantés au bord des routes. Dans
un grand élan de reconnaissance du particularisme insulaire,
les pouvoirs publics ont, en effet, pris la peine de "double
afficher" tous les noms de villes, villages et hameau :
leurs appellations en français et en corse y cohabitent
donc en caractères de taille identique, pour la plus
grande joie des anciens qui continuent sans doute entre eux
à utiliser le patois local… et la plus grande perplexité
des visiteurs qui doivent s'y reprendre à deux fois avant
d'acquérir la certitude absolue que leur carte routière
ne les a pas induits en erreur. Ou plutôt qui DEVAIENT
y regarder à deux fois puisque de bonnes âmes sans
doute particulièrement désœuvrées
ont cru bon de passer en revue l'intégralité de
ces panneaux pour en effacer les indications en français
! Vous avez dit puéril ?
Il y pourtant plus fort ! Malgré leur mutilation "à
l'arme blanche", ces pauvres panneaux doivent encore véhiculer
une trop forte charge émotionnelle, voire revêtir
un caractère outrageusement provocateur puisque nombre
d'entre eux ont également eu les honneurs d'une volée
de chevrotines bien placée. Oui oui, vous avez bien lu
: des individus, adultes vraisemblablement, ont cru devoir tirer
au fusil de chasse sur des panneaux de signalisation routière
porteurs de discours aussi anticorses que "Ajaccio 25 km"
ou "Porto-Vecchio 12 km" ! Vous avez dit crétin
?
Il y a malheureusement plus grave. Non plus au bord, mais sur
les routes. Je veux bien sûr parler de la propension des
Corses au volant à doubler à tout prix le véhicule
qui les précède. Jeu imbécile et dangereux
très largement pratiqué par des conducteurs (et
conductrices) qui semblent mettre leur fierté dans un
comportement qui fait abstraction de tout respect humain élémentaire.
Quelle que soit la visibilité (ou plutôt l'absence
de visibilité), le nombre de véhicules qui précèdent,
l'éloignement du véhicule qui vient en face ou
la distance qui lui reste à parcourir avant d'arriver
à destination, le Corse double. Quitte à obliger
les autres conducteurs à lui faire de la place lorsqu'il
se rabat en catastrophe, quitte à passer son temps à
accélérer et freiner convulsivement avant pendant
et après chaque virage (et ils sont nombreux), quitte
à provoquer des accidents comme s'il en pleuvait pour
la plus grande activité des services chirurgicaux et
de rééducation des polytraumatisés de Bastia
et Ajaccio. Vous avez dit criminel ?
Vous l'aurez noté, tous ces "particularismes"
insulaires sont étroitement liés à la route,
donc à l'automobile. Ce qui nous amène logiquement
à penser que, finalement, les Corses ne sont pas si différents
des continentaux dans leur approche velléitaire de l'Etat
oppresseur…