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     BiLLeTS d'HuMeuR
 
 LA RENTREE LITTERAIRE
 Billet d'humeur du 24 septembre 2002
Nous sommes presque fin septembre et la rentrée littéraire a eu lieu. Sonnez trompettes et résonnez tambours ! La-dite rentrée fait penser aux rayons des hypermarchés. On y trouve des étalages entiers de yaourts ou de produits surgelés. Et le consommateur, le crâne rempli de toutes les publicités "vues à la télé", achète en priorité les marques qu’on lui a vantées.

La même logique montre son efficacité en matière de livres. Vous avez vu Amélie Nothomb, Philippe Sollers ou Christine Angot passer dans telle ou telle émission. Ils symbolisent la rentrée littéraire. Ils sont les combattants d’un nouveau genre : ils occupent le terrain. Vous lisez des articles dans les journaux qui vantent leur style et leur inspiration. Vous êtes conditionnés pour les acheter.

Je connais des libraires qui sont désespérés quand arrivent la fin août et les cartons pleins de nouveautés. Ils savent que leur local ne suffira pas pour exposer tout ce qu’ils reçoivent. Plus de 600 romans cette année, plus de 200 premiers romans. Vous me direz : c’est formidable. Nous vivons dans un pays où règne le choix et où chacun peut se faire entendre.

Ce serait merveilleux si c’était vrai. Mais le système est bien plus pervers. Nombre de livres sont publiés sans que l’éditeur s’attende même à en vendre. Il lui suffit, pour son bonheur, d’une seule grosse vente. Le reste est publié, en quelque sorte par défaut. Ces centaines de romanciers à peine nommés sont des soldats allant au casse-pipe, la fleur au fusil et des illusions pleins l’ego.

Malheureusement, il faut évoquer également la pauvreté de plume des romanciers. Peu d’entre eux se contentent de raconter une histoire. Aujourd’hui cela passerait presque pour vulgaire. De quoi nous causent-ils ? De papa, de maman, de la famille, de leurs peines de cœur ou de cul. Cela pourrait être intéressant, si cela était transcendé. Les grands écrivains peuvent parler de choses communes, parce que leur style est hors du commun, de même que leur ambition.

Cette année, on peut compter sur quelques bouquins pour relancer une polémique anesthésiée. Gallimard publie le récit d’un pédophile. Un chroniqueur de Libération évoque un serial killer amateur de femmes et de petites filles. Les romans laissent de plus en plus la place aux humeurs du corps. Voilà la petite nouveauté de 2002.

Il ne suffit plus d’entrer dans une librairie pour y trouver un bon roman en cette rentrée, comme tous les mois de septembre. Il faut se transformer en inspecteur Colombo et enquêter. Bon courage !


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Septembre 2002
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