ROCK
: LA GRANDE RECUP’
DE LA GRANDE DISTRIB’
Billet d'humeur du 9 mars 2004
Beatles
ou pub Orange ? John Lennon ou pub Volkswagen ? David Bowie
ou pub Vittel ? Quand la grande distrib' récupère,
Jowebzine.com est vénère…
J’emmène mon neveu et un de ses copains au cinéma.
Je passe le prendre chez ses parents et, soucieux de sa culture,
j’ai glissé dans l’autoradio ma meilleure
compil. Les gamins à bord, je démarre. Je ne voudrais
pas donner l’impression d’être fier, n’empêche
que c’est mon neveu, le premier, qui pose la bonne question
:
- C’est bien ce que t’écoute, c’est
quoi ?
M’étonne que c’est bien. Le White Album des
Beatles, Revolution ! Le voilà mon rôle de tonton,
la voilà la raison de ma compil que j’ai passé
toute une nuit à lui préparer à mon neveu
: passer le flambeau. Je me suis pas mal demandé si j’étais
pas un peu ringard, réac, concon, j’ai fait un
aller-retour dans la salle de bain, je me suis bien maté
dans le miroir, 33 ans, un peu de cheveux blancs, je suis né
l’année où les Beatles se sont séparés,
j’avais 10 ans quand Chapman a tiré sur John Lennon,
et 31 quand George Harrison est parti le rejoindre. Merci papa,
merci maman. J’ai tout ça à lui dire à
mon neveu pour lui donner un peu le goût des vieux trucs
et lui montrer que pas mal des joyeusetés d’aujourd’hui
trouvent leurs sources…
- Ben, tu connais pas ? C’est la musique de la pub Orange
!
Le copain de mon neveu. 12 ans, blond, il connaît les
gagnants de la Star Ac’, de Kho Lanta et de l’Ile
de la Tentation sur trois saisons et son dernier frisson remonte
à 15 jours quand, sur la scène du Super Bowl,
Justin Timberlake a tiré sur le sous-tif de Janet Jackson.
- Non, c’est les Beatles ! Ça s’appelle Revolution…
- Les Beatles ?
- C’est les mecs qu’on fait la musique de la pub
Orange, j'te dis !
OK ! Ils ont 12 ans, on va pas argumenter, je vais pas passer
pour un con trop longtemps, je change de plage : Heroes de Bowie.
- Ça aussi, c’est vachement bien.
- Ça c’est la musique de la pub SFR !
Bon ! J’arrête la démonstration ici, on a
tous compris. Le catalogue est pillé. Y a dix ans, la
pub se payait les plus grands morceaux du répertoire
classique mais une fois dépoussiérés par
les André Rieux saisonniers et balancé à
50 000 pékins dans un stadium géant, les valses
et autre toccata ont pris un sale pli, disons, ringard. Du coup,
les publicitaires se sont retrouvés avec tout plein d’argent
pour acheter des droits là où y en avait à
vendre et ils ont fait leur marché.
On s’est rapproché de ce qui se faisait sur l’instant,
on a contacté Air qui n’est jamais bégueule
avec un bon coup et puis y a un petit malin qui avait un tonton
comme moi et qui s’est dit : "Putain, ras le cul
de la tisane, on va se payer Led Zep, Bowie, les 'Tles et tout
le Saint Frusquin, y a pas de raison !"
Ça, c’est sûr que de raison, y en a plus
des masses. Et je vous entends déjà, avec l’histoire
du dépoussiérage, comme quoi, puisque je veux
transmettre, c’est un créneau porteur que la pub
s’intéresse à Bowie et consort. Créneau
porteur, mon c… ! La preuve, dans la voiture du début
avec le fils de consommateur et mon neveu ! Sans doute qu'un
coup de frein brutal remettrait les idées en place à
ce pauvre gamin inculte, mais ça n’est tellement
pas de sa faute que je prends sur moi et je surmonte l’affront
:
- C’est Heroes deDavid Bowie…
- David Bowie ?
- Ouais, tu sais, le type zarb qui faisait la pub pour Vittel
!
Voilà. On appelle ça le marché. Un grand
trou noir qui aspire les étoiles et recrache de la merde.
J’ai éjecté la compil et, eu égard
à mon encartement chez Greenpeace, je me suis abstenu
de la balancer par-dessus bord. Par contre, une fois au cinéma,
quand il s'est agit que je cautionne l’accompagnement
de ces deux mineurs pour aller voir le remake marchand de Massacre
à la tronçonneuse, l’aigreur m’a pris,
je les ai posés dans la salle et je suis allé
voir Lost in translation avec des vrais bouts de musique dedans.