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     BiLLeTS d'HuMeuR
 
20 ANS SANS LES SMITHS
Chronique du 23 mai 2006
C’était en 1986 et je tétais encore ma mère… Mais, je peux tout de même en parler. Les Smiths sortaient le séminal The queen is dead et se séparaient peu après (en 87), comme chacun sait. Aujourd’hui, difficile de ne pas ouvrir un canard un tant soit peu "rock/pop" sans voir cité ce groupe de Manchester dont la musique n’avait d’égale que la ferveur… Au moins un groupe sur cinq se réclame de l’héritage romantique et aristo du duo Morrissey/Marr.

Bloc Party, Pete Doherty, Elefant, Pretty Girls Make Grave (qui tirent leur nom d’une chanson des Smiths), The Rakes, We Are Scientists, The Dears, Oasis, The Killers, Belle And Sebastian… Aussi divers soient ces groupes, ils ont un dénominateur commun et il se nomme The Smiths. Tous essayent, plus ou moins bien, d’égaler l’épanchement lyrique qu’exsudait la voix de Morrissey sur ces joyaux de pop ligne claire qu’étaient, et resteront à jamais, This charming man, Last night I dreamt that somebody loved me, Pretty girls make grave, How soon is now ?, There is a light that never goes out…

Morrissey ? Oh ! Celui-là, on le voit. Aux dernières nouvelles, il aurait trouvé l’amour à Rome, et plus généralement une certaine joie de vivre. Le gros mot. Joie de vivre ? Manquerait plus qu’il se mette à la musculation et aux U.V. Malgré tout, son dernier opus est plutôt bon. Enfin, il divise, comme toujours. Mais, c’est plutôt bon. Notre homme aurait même croisé le chemin de quelques figures tutélaires tels que Morricone ou Visconti, deux grands manitous de la pop.

Morrisey, d’accord… Mais Johnny Marr ? Beaucoup moins cité en exemple. A part peut-être par Doherty et Gallagher. Et encore. Marr, depuis la séparation des Smiths, a effectué un travail de sape édifiant. The The, Oasis, Jane Birkin, The Healers (son dernier projet de groupe plus ou moins convaincant) et tant d’autres. Mais, le gars reste discret. Attachant et discret. Il reste ce guitariste fabuleux qui alignait des arpèges graciles et névrosés comme autant de rampes de lancement à la voix grandiloquente de Morrissey.

Autant influencé par Keith Richards que par les traditionnels africains (This charming man en est un exemple ostentatoire), son jeu de guitare était l’ultime contrepoint au chant affecté de son acolyte, et en a bouleversé plus d’un (parmi lesquels votre serviteur). Les singles se succédèrent à un rythme infernal, tels les Beatles, tutoyant à chaque fois les cimes et repoussant constamment leur hauteur. Jusqu’à la brisure. Nette. Un gâchis, diront les fanatiques, une fin inévitable et prévisible, rétorqueront les plus sensés.

Comme… Comme The Libertines, tiens ! Le dernier grand Waterloo de la pop. Ou les Beatles. Inexorable ? Carl Barât et Johnny Marr, des talents gâchés ? On ne sait plus trop. Le plus important dans tout cela, c’est que tous les Marr/Morrissey, les Lennon/McCartney ou les Doherty/Barât du monde -malgré les grands déboires, les outrages et les injustices corollaires - ont donné envi à des générations entières de croire très fort qu’une simple chanson pop puisse changer le monde. Un idéal. En toc, peut-être, mais un idéal quand même.

Voilà ce qu’ont été les Smiths (puisqu'il en est question ici) à mes yeux, même si je n’ai sans doute rien connu de tel… Enfin, peut-être m’en étais-je un peu rapproché de cet idéal de vie, grâce aux Libertines. Quoiqu’à trop vouloir s’en rapprocher, on s’en est brûlé les ailes, et une partie de notre insouciance aussi… Comme avec les Smiths, quoi.


Gabriel Péreira
© Jowebzine.com - Mai 2006
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