CLEMENTINE
T, 23 ANS, STAGIAIRE... Billet d'humeur du 2 juillet 2002
Il
est, dans le secteur tertiaire, une tradition profondément
ancrée dans les murs qui consiste à faire uvre
humanitaire en hébergeant, pour des durées plus ou moins
longues une espèce en voie dexpansion connue sous le
terme générique de "stagiaire".
Quest-ce quun(e) stagiaire ?
Cest un petit animal, assez docile le plus souvent, et qui,
bien choisi, peut savérer fort utile. Il est, en effet,
dans les bureaux, de nombreux travaux subalternes dans lesquels des
stagiaires bien dressés peuvent exceller : café du matin,
pli urgent à porter à létage supérieur,
photocopies en grandes (et petites) quantités les exemples
sont nombreux.
Mais surtout, il y a trois qualités indispensables quun(e)
bon(ne) stagiaire doit ab-so-lu-ment posséder :
- être une (jolie) fille,
- jouer au tennis (niveau indifférent),
- avoir chaque jour une anecdote personnelle (intéressante)
à raconter à ses collègues.
Je vois bien à vos mines désespérées,
Messieurs, que vous navez jamais rencontré loiselle
rare répondant à ces critères drastiques. Je
vois bien également, à vos mines outrées, Mesdames,
que vous ne souhaitez pas rencontrer cette péronnelle exaspérante.
Et bien nous, nous lavons trouvée ! Que lon ne
sy trompe pas, quand je dis nous, il ne sagit pas dun
pluriel de majesté, mais bien du service Marketing qui memploie.
Or donc, en janvier dernier, nous avons vu débarquer, fraîchement
atterrie de son Montpellier dorigine une stagiaire que nous
appellerons Clémentine T, par discrétion et respect
de la vie privée. Outre les qualités sus-mentionnées,
Clémentine T (que daucunes, dont je me désolidarise
totalement, ont cru bon de surnommer Clémouille) a particulièrement
brillé par sa capacité à intégrer une
équipe déjà constituée et réputée
homogène.
Une longue et minutieuse analyse de son comportement a permis de mettre
au jour ses méthodes dinfiltration. A des fins pédagogiques,
je men vais vous les décrire ici :
1. shopping quotidien avec toutes les filles du service et razzia
systématique sur les chaussures pointues dont le prix minimum
a été fixé à 150 euros,
2. tennis hebdomadaire avec LE garçon du service avec le souci
permanent de ne pas très bien jouer pour ne pas froisser sa
susceptibilité masculine,
3. séances photos régulières et humoristiques
: aux terrasses des restaurants, en tong au bureau
4. anecdotes personnelles à gogo, parmi lesquelles : lenlèvement
de la petite sur aux grands magasins, laccident (renversée
par une voiture) et la petite cicatrice au-dessus de la lèvre
supérieure, les bagages perdus au Brésil, les nouveau-nés
qui sont livrés sur les tapis roulants des aéroports,
mon-papa-préféré-que-jaime-très-fort,
la carrière avortée prématurément (à
lâge de six ans !) de danseuse étoile pour cause
dinaptitude flagrante, les longues années détude
du piano, les rencontres en haute altitude (la Reine de Suède,
Jean-Jacques Goldman, son papa )... Ouf ! Jarrête
ici, la liste est interminable (au sens propre du terme !),
5. une conversation extrêmement documentée et pertinente
(le garçon du service dit "obsessionnelle") sur les
2 sujets les plus fondamentaux de la vie des femmes : la grossesse
et le mariage (ou linverse, ça na pas dimportance,
il faut être moderne).
Résultat, en quelques mois de présence, Clémentine
T a rendu ses collègues accro. Attention, je nutilise
pas ce mot au hasard. Il sagit bien, dans le cas qui nous occupe
dune drogue dure. De celles qui vous entraînent irrémédiablement
dans la spirale infernale de la dépendance.
Alors je profite de la tribune qui mest offerte par Jowebzine
pour passer un message de volonté et despoir à
tous ceux qui, un jour, seront amenés à côtoyer
Clémentine T. Ce message cest : on peut sen sortir
! Bien sûr, le processus est long et difficile, il faut être
fort, très fort même et un jour dire stop ! Stop à
tant de qualités, stop à tant de gentillesse, de sourire,
de séduction (cest vrai quénuméré
comme ça, ça fout la trouille !). Et bien nous, nous
avons dit stop ! Ensemble, nous avons pris la décision dassumer
la rupture inévitable de fin de stage. Et si langoisse
absolue du lundi 1er juillet est enfouie au plus profond de chacun
de nous, nous savons que la volonté de tous mise au service
des coups de blues de chacun nous permettra de surmonter lépreuve
du premier jour sans elle et des jours suivants.
Mais pour dire la vérité, je soupçonne chacune
(et chacun !) de penser déjà secrètement aux
occasions, pas si lointaines peut-être, de goûter à
nouveau, ne serait-ce que pour une heure seulement, au fruit défendu
mais si savoureux. Juste comme ça, en passant, sans retomber
dans la dépendance. Promis, juré ! Mais, dites, pourquoi
tout le monde croise les doigts en cachette ?