Avec
la commercialisation du compact disc dans les années 80 et
l’avènement de l’ère numérique, le
vinyle se voyait confiné aux cercles restreints des DJ et rappeurs.
Mais depuis quelque temps, il est de nouveau partout !
Il suffit d’ouvrir un magazine de mode, ou de musique, ou de
décoration d’intérieur, au hasard. Incroyablement,
cela saute aux yeux : c’est l’invasion. Ou plutôt
une sorte d’exhumation d’outre-tombe. À part les
DJ (et encore…), l’objet vinylique semblait relégué
au rang d’histoire et ne signifiait plus grand-chose aux jeunes
générations, totalement immergées dans cette
non-culture qu’est le numérique. À partir des
années 80, le vinyle n’était plus que l’apanage
de ringards ou, dans le meilleur des cas, de collectionneurs avides
de nostalgie en toc.
Jusqu’à aujourd’hui, où il redevient totalement
trendy, dans le vent, remis au goût du jour par les fashionistas
que sont les Strokes (dès 2001), les Libertines, les White
Stripes (Jack White : "Tous les journalistes qui ne possèdent
pas de tourne-disques ne méritent pas d’écrire
sur nous") ou récemment les Raconteurs
qui ont édité leur nouveau single exclusivement en 45
tours. Suicide commercial ? Niet, nein. Une semaine après sa
sortie, on n’en trouvait déjà plus. À moins
d’être prêt à dégainer la carte bleue
sur eBay (quarante euros le single !).
Ce simple exemple prouve bien qu’une folle réhabilitation
du vinyle (et surtout du 45t) est en marche. Outre-Manche, on n’aurait
jamais autant acheté de 45 tours que l’an passé.
Des lustres que cela n’était pas arrivé. Est-ce
donc à ces groupes et tant d’autres que nous devons ce
retour du vintage (ce passéisme réactionnaire, diront
les vieux singes grimaçants) ? Ça tombe sous le sens.
Les modes vintage reviennent, les guitares vintage reviennent, donc
corollairement, pourquoi ne pas remettre au goût du jour ces
bons vieux vinyles ? Les groupes en "The Quelquechose" peuvent
évidemment en être tenus responsables. Tous ces Dead
60’s (éditant d’édifiantes versions
de leur single en vinyle jaune et blanc), Kills (et leur premier EP
en vinyle rose !), Kaiser Chiefs, Babyshambles,
Franz Ferdinand, Brian Jonestown
Massacre… Tous ont imposé en quelque sorte un retour
au vinyle.
Pourquoi, exactement ? En pleine dématérialisation de
la musique, en pleine crise du disque, en plein débat sur la
loi DADVsI, il semblerait bien que le chaland quémande de l’authenticité,
des guitares mal accordées, des voix qui vacillent et clabotent
comme une flamme dans la nuit, et du vrai son. Rien n’est comparable
à la chaleur qu’exsude un vinyle. Ses petits craquements,
ses saillies incontrôlées, ses chuintements, son grain
brûlant. Écouter un vinyle, c’est comme écouter
"le roulis imperceptible du port"… C’est du
romantisme de base, je vous le concède. Mais le CD, qualifié
de "fascisme consumériste" par Anton Newcombe, prodigieux
leader de Brian Jonestown Massacre, ne délivre pas cette bouffée
d’authentique, de vrai. Et voici ce qui manque cruellement au
numérique, de manière générale. Beaucoup
de groupes actuels (mais aussi tous les pontes de la mode, etc.) l’ont
bien compris, à tel point que nombre sont ceux qui enregistrent
leurs albums en mono (les studios Toe Rag de Londres) et adoptent
une esthétique différente. Passéiste, sûrement,
mais c’est tout ce que l’on peut demander à notre
époque. Faire du neuf avec du vieux.
Allez, brûlez donc vos iPod et vos CD, installez-vous confortablement,
placez le diamant dans le sillon, laissez-vous guider. Et après
le vinyle, le déluge : vous n’en démordrez plus.