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     BiLLeTS d'HuMeuR
 
LE RETOUR DU VINYLE
Chronique du 28 mars 2006
Avec la commercialisation du compact disc dans les années 80 et l’avènement de l’ère numérique, le vinyle se voyait confiné aux cercles restreints des DJ et rappeurs. Mais depuis quelque temps, il est de nouveau partout !


Il suffit d’ouvrir un magazine de mode, ou de musique, ou de décoration d’intérieur, au hasard. Incroyablement, cela saute aux yeux : c’est l’invasion. Ou plutôt une sorte d’exhumation d’outre-tombe. À part les DJ (et encore…), l’objet vinylique semblait relégué au rang d’histoire et ne signifiait plus grand-chose aux jeunes générations, totalement immergées dans cette non-culture qu’est le numérique. À partir des années 80, le vinyle n’était plus que l’apanage de ringards ou, dans le meilleur des cas, de collectionneurs avides de nostalgie en toc.

Jusqu’à aujourd’hui, où il redevient totalement trendy, dans le vent, remis au goût du jour par les fashionistas que sont les Strokes (dès 2001), les Libertines, les White Stripes (Jack White : "Tous les journalistes qui ne possèdent pas de tourne-disques ne méritent pas d’écrire sur nous") ou récemment les Raconteurs qui ont édité leur nouveau single exclusivement en 45 tours. Suicide commercial ? Niet, nein. Une semaine après sa sortie, on n’en trouvait déjà plus. À moins d’être prêt à dégainer la carte bleue sur eBay (quarante euros le single !).

Ce simple exemple prouve bien qu’une folle réhabilitation du vinyle (et surtout du 45t) est en marche. Outre-Manche, on n’aurait jamais autant acheté de 45 tours que l’an passé. Des lustres que cela n’était pas arrivé. Est-ce donc à ces groupes et tant d’autres que nous devons ce retour du vintage (ce passéisme réactionnaire, diront les vieux singes grimaçants) ? Ça tombe sous le sens. Les modes vintage reviennent, les guitares vintage reviennent, donc corollairement, pourquoi ne pas remettre au goût du jour ces bons vieux vinyles ? Les groupes en "The Quelquechose" peuvent évidemment en être tenus responsables. Tous ces Dead 60’s (éditant d’édifiantes versions de leur single en vinyle jaune et blanc), Kills (et leur premier EP en vinyle rose !), Kaiser Chiefs, Babyshambles, Franz Ferdinand, Brian Jonestown Massacre… Tous ont imposé en quelque sorte un retour au vinyle.

Pourquoi, exactement ? En pleine dématérialisation de la musique, en pleine crise du disque, en plein débat sur la loi DADVsI, il semblerait bien que le chaland quémande de l’authenticité, des guitares mal accordées, des voix qui vacillent et clabotent comme une flamme dans la nuit, et du vrai son. Rien n’est comparable à la chaleur qu’exsude un vinyle. Ses petits craquements, ses saillies incontrôlées, ses chuintements, son grain brûlant. Écouter un vinyle, c’est comme écouter "le roulis imperceptible du port"… C’est du romantisme de base, je vous le concède. Mais le CD, qualifié de "fascisme consumériste" par Anton Newcombe, prodigieux leader de Brian Jonestown Massacre, ne délivre pas cette bouffée d’authentique, de vrai. Et voici ce qui manque cruellement au numérique, de manière générale. Beaucoup de groupes actuels (mais aussi tous les pontes de la mode, etc.) l’ont bien compris, à tel point que nombre sont ceux qui enregistrent leurs albums en mono (les studios Toe Rag de Londres) et adoptent une esthétique différente. Passéiste, sûrement, mais c’est tout ce que l’on peut demander à notre époque. Faire du neuf avec du vieux.

Allez, brûlez donc vos iPod et vos CD, installez-vous confortablement, placez le diamant dans le sillon, laissez-vous guider. Et après le vinyle, le déluge : vous n’en démordrez plus.


Gabriel Péreira
© Jowebzine.com - Mars 2006
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