Avant
de faire le sujet du dernier film de Pedro Almodovar, Parle
avec elle, le coma avait déjà fait couler
beaucoup dencre, par la plume de ceux qui en sont revenus
ou par celle de ceux qui ont vu un de leur proche y sombrer.
Ceux qui se réveillent nous font part de leur expérience,
de cet étrange voyage aux portes de la mort, de ce couloir
avec une lumière au bout, de la conscience quils
avaient de ce qui se passait autour deux, et qui souvent
a contribué à les faire rebrousser chemin et se
battre pour revenir, pour survivre au lieu de se laisser tranquillement
aller à quitter son corps et sélever vers
dautres horizons
Forte de cette théorie, lorsque sa fille tombe dans le
coma des suites dune maladie orpheline (donc grave et
méconnue), Isabel Allende ressent le besoin de lui parler,
de retourner vers ses origines, de tirer sur le fil qui dépasse
pour démêler lécheveau de la vie.
Pour lempêcher de partir, elle larrime solidement
à lhistoire familiale, à larbre généalogique.
Le grand-père, rigide, campé dans ses certitudes,
demeure la figure emblématique à laquelle se raccrocher
pour éviter dêtre emporté par la tempête
du doute.
Si la parole est nécessaire dans ces situations exceptionnellement
douloureuses, lécriture ne lest pas moins.
Et le lecteur saperçoit à chaque ligne que
pour lauteur, écrire ce livre a représenté
une véritable thérapie. En filigrane, derrière
le récit autobiographique, transparaît en permanence
la souffrance quotidienne dune mère qui perd progressivement
son enfant. La prise de conscience, la révolte, lacceptation
dans la mesure où elle est possible se succèdent
au fil des mots, des phrases, des chapitres.
Avec une immense pudeur, avec beaucoup de sensibilité,
avec un grand talent de narratrice, Isabel Allende relate une
histoire, son histoire, un drame, son drame.