Le
talent de Jean Amila à restituer l'atmosphère
particulière de la province française fait de
La lune d'Omaha un petit bijou d'analyse psychologique et sociologique.
Et un excellent polar !
France, années 60. Normandie, le cimetière militaire
américain d'Omaha Beach. Scrutant l'horizon, "l'increvable"
Sergent Reilly se souvient du débarquement, "la
boucherie"… Aujourd'hui tout est plus calme, mais
la vie est morose entre les mesquineries du personnel français
qui n'apprécient pas trop l'homme qui est toujours resté
"l'étranger", et la vie de couple avec la petite
française qui bat de l'aile… Reilly, nostalgique
et désabusé, noie tout ça dans l'alcool.
C'est la mort du père Delouis, le fournisseur du fumier
du cimetière, qui part avec un secret bien gardé,
qui va modifier la vie du village…
"Ça ressuintait de haine de Bas-Normand, longtemps
retenue, comprimée sous des années de sourires
et pchitant tout d'un coup, mais en ayant bien soin de ne pas
se mettre dans son tort !" Jean Amila excellait pour décrire
le comportement des gens ordinaires… Ici on le ressent
parfaitement dans cette vie de village particulièrement
travaillée. Le Drame est fort, la déchéance
de Reilly bien mise en évidence, c'est un bijou d'analyse
psychologique et sociologique. Portrait d'une époque,
doublé d'un grand roman noir, La lune d'Omaha fait partie
de ces grands romans qui ne prennent pas une ride avec l'âge.