Un
cours roman de Claude Amoz qui confirme son talent de conteur
et sa maîtrise totale de "l'art de la chute".
Patricia, quarante-sept ans, "des jambes lourdes, une taille
épaisse, que la jupe boudine sans pitié",
un boulot dans une agence immobilière pourrie, avec un
patron crapoteux qui se la tape misérablement tous les
soirs avant la débauche. Patricia qui fait visiter un
appartement minable à un jeune journaliste, rue des clefs.
Rue des clefs, elle n'y a pas remis les pieds depuis si longtemps.
Depuis ses années de fac, son engagement, son militantisme,
Andreas, et cet épisode terrible, la prison, l'hôpital
psychiatrique, tous ces médicaments… Patricia qui,
dans cette rue des clefs, ouvre la clef à tous ses souvenirs
et commence à superposer cette rue d'il y a vingt ans
à celle d'aujourd'hui, le jeune journaliste à
Andreas… Patricia, que fais-tu ?
On vous a déjà vanté la qualité
des romans de Claude Amoz et celle de ses nouvelles et Tour
de clef en est encore l'illustration. Dans ce récit où
se juxtaposent deux épisodes de la vie de Patricia, qui
vont se rejoindre pour son plus grand malheur, tout le talent
de Claude Amoz est condensé.
Ambiance, atmosphère, personnages parfois en marge, précision
des descriptions et de la psychologie des protagonistes. Rien
n'est laissé au hasard, le texte est prenant et va crescendo…
c'est un bijou de nouvelle noire renforcé par une maîtrise
de "l'art de la chute"… Chapeau bas.