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LA NUIT DE L’ORACLE
Paul AUSTER

Traduit de l’anglais (Etats Unis)
par Christine Le Bœuf

Actes Sud - 240 pages
La nuit de l'oracle est un roman où Paul Auster nous raconte beaucoup d’histoires. Il ouvre des portes et nous fait croire qu’il avance. Mais ne tourne-t-il pas en rond ?


Imaginez que votre garagiste vous propose un tour en voiture et qu’en guise de voyage, il ouvre le capot de votre voiture pour démonter la mécanique de votre moteur. C’est un peu l’exercice auquel se livre Paul Auster dans son dernier roman, La nuit de l’oracle.

En effet, le roman commence lorsque Sydney Orr, un écrivain new-yorkais en convalescence d’une grave maladie, décide de dévier de sa promenade quotidienne. Il découvre une papeterie nommée Paper palace, dans laquelle il entre. Ce magasin est tenu par un certain M. R. Chang et Sydney y découvre un carnet bleu fabriqué au Portugal et dans lequel il a envie d’écrire. Il achète le cahier, rentre chez lui et commence à écrire une histoire pour la première fois depuis le début de sa maladie.

L’histoire qu’il écrit est inspirée par une anecdote de Dashiell Hammett. Nick Bowen est un éditeur comblé, mais un soir il manque de se faire écraser par une gargouille en pierre calcaire tombée d’un immeuble. Il en réchappe par miracle, décide de changer de vie et prend le premier avion pour nulle part.

On le voit dans cette description des prémisses du roman, il s’agit d’une mise en abîme. Un homme raconte l’histoire d’un homme qui, etc. Sauf que Paul Auster n’écrit pas les Mille et une nuits. Il nous gratifiera d’un scénario de science-fiction et d’autres choses encore.

Voilà pourquoi j’évoquais l’image du garagiste. Dans La nuit de l’oracle, Paul Auster nous entraîne dans son atelier et nous montre ce qu’il sait faire. Cela pourrait être d’une virtuosité formidable. En fait, cela nous laisse sur notre faim.

Le danger d’explorer les mondes possibles est de n’en aborder aucun. Auster, dans ce livre, est un incroyable narrateur. Il nous tient en haleine dans les cent premières pages et continue à nous captiver (un poil moins tout de même) par la suite. Cela dit l’histoire de Nick Bowen est plus intéressante que celle de Sydney Orr. Le lecteur assidu d’Auster y reconnaît une redistribution de ses thèmes fondateurs et jubile jusqu’à ce que l’histoire finisse en queue de poisson.

Si vous aimez ce genre de roman qui offre des bonus comme les films en DVD, vous y trouverez votre compte. D’autant que Paul Auster est tout sauf médiocre. Peut-être serez-vous moins sensible que moi à l’aspect un rien gratuit de la chose.

Le roman se situe en 1982. Néanmoins, la manière apocalyptique dont il se termine nous amène à réfléchir. Ne s’agit-il pas pour Auster d’exprimer par la fiction ce que le 11 septembre 2001 a signifié pour lui en tant que New-yorkais ? La vie dévastée et en même temps la vie à reconstruire ? Voilà une clé pour ce roman éclaté.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Avril 2004
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