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BROOKLYN FOLLIES
Paul AUSTER

Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
par Christine Le Bœuf

Actes Sud - 363 pages
Comment changer de vie quand sa propre vie part à la dérive. Voilà un des thèmes fondateurs de Paul Auster qui nous livre dans Brooklyn follies une variation optimiste.


Parfois les lecteurs se comportent comme des enfants gâtés ou boudeurs. Prenez par exemple le cas de Paul Auster et de son dernier roman Brooklyn follies (titre rappelant Brooklyn boogie, film de Wayne Wang, scénarisé par Auster).

Paul Auster aux yeux des gens qui dominent le prêt à penser médiatique a deux défauts cumulés : il publie un livre tous les 18 mois et il a un énorme succès en Europe, principalement en France. Détail qui ne trompe pas, son éditeur Actes Sud dispose d’encarts publicitaires dans les journaux et les transports collectifs pour vanter les mérites de l’écrivain. Si on le vend comme une savonnette, il a sans doute l’intérêt d’une savonnette, plaisir d’un instant.

Autrement dit, un certain snobisme intellectuel pousse les bonnes âmes à déprécier un auteur reconnu et à préférer s’extasier sur la perle rare : un auteur inconnu et dont personne n’a entendu parler.

Mais en l’occurrence, les lecteurs fidèles savent qu’on peut parler d’œuvre à propos des romans de Paul Auster. Et, encore plus intéressant, on peut parler d’un parcours. Car un écrivain évolue avec son âge.

Auster a commencé à se faire connaître des lecteurs avec La trilogie New-Yorkaise et L’invention de la solitude, notamment. Œuvres intellectuelles où l’émotion affleurait parfois sous la froideur des mots. Œuvres où le concept l’emportait parfois sur le reste.

On avait l’impression que Paul Auster voulait devenir le Borges de Brooklyn : mêmes révérences envers les références littéraires, mêmes rebondissements narratifs surprenants.

Nous retrouvons ces qualités dans Brooklyn follies, mais Paul Auster a desserré sa ceinture et n’a pas peur de se laisser (un peu) aller. Il relâche son écriture auparavant un poil guindée. Il peut se le permettre puisqu’il possède un art certain de la narration.

Nous suivons les histoires de famille de Nathan, un homme de 60 ans qui sort d’un cancer. Cette maladie a modifié son existence et l’a décidé à emménager dans Brooklyn. Il croisera le chemin de Tom, son neveu qu’il avait perdu de vue. Jadis, brillant universitaire, Tom est aujourd’hui vendeur de bouquins d’occasion. La librairie appartient d’ailleurs à un bien étrange personnage.

Nous croisons beaucoup de personnages incroyables, attachants et merveilleux dans Brooklyn follies. Une jeune mère de famille idéale, une petite fille qui refuse de parler. Beaucoup de personnages qui ont en commun de rêver d’un lieu où l’on pourrait sauver et protéger ceux qu’on aime. Un lieu que Paul Auster appelle l’hôtel Espérance.

Dans la mesure du possible, Auster nous offre un bol d’air. Un conte plein d’espoir. Un conte d’avant le 11 septembre.

Si vous aimez qu’on vous entraîne dans une contrée de paraboles et de réflexions sur l’art et la littérature, bref si vous aimez rêver et revenir à la réalité sans que ce soit trop douloureux, Brooklyn follies vous apportera sur un plateau son monde de cinglés enthousiastes.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Octobre 2005

 

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