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     LiVReS
 
LE LIVRE DES ILLUSIONS
Paul AUSTER

Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
par Christine Le Boeuf

Actes Sud - 400 pages

David Zimmer a perdu sa femme et ses enfants dans un accident d’avion, un an avant le début du Livre des illusions. Il vit en ermite et n’a plus goût à rien. Un soir, en regardant des courts-métrages muets à la télévision, il découvre les œuvres d’Hector Mann. Un cinéaste oublié qui a filmé dans les années 1920 et a disparu en 1929. Il va se passionner pour ces films dont le comique l’a touché et va parcourir le monde pour voir toute son œuvre. Il écrit un livre sur Hector Mann puis se plonge dans un autre travail : la traduction en anglais des Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand, quand le destin frappe à sa porte…

Voilà donc le début du livre de Paul Auster. Un roman que j’ai lu d’une traite, la bouche sèche et sans pouvoir m’en détacher. Je ne sais pas pourquoi un livre vous touche profondément mais je sais que j’ai lu celui-ci comme si ma survie en dépendait.

Depuis Leviathan en 1993, ce que Paul Auster a écrit m’a semblé témoigner d’une perte d’imagination et de créativité. J’avais l’impression d’un homme à qui l’on répète qu’il a du talent, qu’il est formidable. À partir du moment où il commence à croire à ces louanges, son style et son intérêt s’évaporent. Et pourtant… Les grands livres passés de Paul Auster témoignent de son don pour l’ellipse dans la construction du récit, de son don pour le récit lui-même envisagé comme une métaphore. La musique du hasard, par exemple, raconte l’histoire de deux copains piégés par des excentriques lors d’une partie de cartes. Au cours de cette partie, ils perdront leur liberté. Le livre ne raconte que cette histoire et c’est là où il acquiert force et universalité.

Or Auster a changé. Il est devenu explicatif. Le livre des illusions est un roman qui ne croit plus à l’illusion que procure le roman. Chaque élément est développé jusqu’à ce que son charme s’évapore. Voilà un roman exhaustif et qui nous mène à l’épuisement si nous y adhérons et si nous le lisons jusqu’au bout. Au fond, elle est peut-être là la réponse à mon engouement : ce roman ne laisse pas de répit et va jusqu’au bout de son propre cauchemar. Il en ressort quelques idées et sentiments apocalyptiques.

Nous avons certes la possibilité de vivre plusieurs vies dans l’espace de notre existence sur terre, mais nous pouvons toutes les gâcher. Nous avons la possibilité d’aimer, mais sait-on reconnaître à temps la force de nos sentiments ? Nous pouvons certes créer, mais qui nous dit que notre création ne tombera pas dans l’oubli ou pire ?

Le livre des illusions mérite bien son titre. Au terme du récit, il n’en reste aucune. J’admire chez Paul Auster le fait qu’il ait écrit le premier roman post-11 septembre 2001, avant même que le 11 septembre 2001 ait lieu. Il a écrit le roman des décombres. Son livre pourrait parfaitement s’appeler Ground Zero.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Septembre 2002
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