Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Isabelle Maillet
Editions Rivages - 390 pages
Avec
son second livre, la trop rare Melissa Bank confirme qu’elle
est une des voix les plus honnêtes de la littérature
américaine. Une voix qui n’a pas besoin de hausser le
ton pour être comprise.
De Melissa Bank, on ne connaît pas grand-chose. Mais il semble
évident de supposer qu’elle a des points communs avec
Sophie Applebaum, l’attachante héroïne de Prochain
arrêt le paradis, sa dernière œuvre.
Melissa Bank avait été remarquée en France, il
y a cinq ou six ans à la sortie du Manuel de chasse et de pèche
à l’usage des filles. Ce premier livre, comme celui qui
vient de sortir est écrit selon le schéma suivant :
sept à huit nouvelles suivent l’évolution d’une
personne sur une vingtaine d’années. Le livre est un
recueil de nouvelles, soit. Mais il peut et il doit se lire comme
un roman qui serait développé en longues séquences.
Nous suivons Sophie Applebaum de ses 13 à ses 33 ans, en passant
par les phases essentielles de la vie. Adolescence, entrée
dans l’âge adulte, premières amours, premières
déceptions. Sophie n’est qu’une des silhouettes
qui peuplent un paysage où l’on croise ses deux frères
Robert le cadet si sérieux et Jack l’aîné,
l’artiste de la famille. Leurs petites amies ou leurs femmes.
Les grand-mères de Sophie, ses parents, ses petits amis si
représentatifs de l’homme fragile contemporain qui a
perdu ses repères de macho.
Et plus nous sommes entraînés dans l’univers de
Sophie, dans les particularismes d’un milieu juif provincial
dans l’Amérique des années 1970 et 80, plus nous
nous rendons compte que l’auteur Mellissa Bank nous parle de
nous-mêmes.
Cette Sophie, si peu satisfaite d’elle-même, elle est
notre sœur, notre amie, nous l’avons croisé au lycée
ou au travail. Nous avons pensé à prendre un verre avec
elle. Elle est la personne assise en face de nous, dans le métro,
mais elle est également une part de nous-mêmes.
Melissa Bank possède la grâce d’écriture
des nouvelles de Bernard Malamud ou de Grace Paley. Elle est narratrice
et ne se sent pas supérieure au lecteur. Elle ne nous toise
pas de haut et ne joue pas à la maligne.
Si nous sommes sensibles à son écriture et à
l’empathie qu’elle provoque en nous, c’est peut-être
qu’en France aujourd’hui, tant de romans nous prennent
de haut ou pour des cons.
Melissa Bank évoque sans aucun trémolo les mondes d’hier
qui s’écroulent, tous ces mondes qui deviennent des décombres
pour que nous nous découvrions adultes. Combien de proches
(grands parents, parents) devons-nous perdre pour découvrir
que l’endroit où nous nous trouvons sur cette terre peut
être fugitivement envisagé comme un petit paradis ?