Deuxième
roman de Patrick Bard qui a su éviter de se répéter
tout en faisant preuve à nouveau d'originalité
et de talent. Un auteur à suivre.
Sarajevo, 11 mai 1994. "Meyer s'accroupit à l'angle
d'un container rouillé, fixa en hâte un téléobjectif
de 300 millimètres sur son Eos et cliqua sur le véhicule
blanc. Le système de mise au point fonctionnait de telle
façon qu'une fois sélectionnée la cible
restait nette dans ses déplacements tant qu'elle ne sortait
pas du viseur. C'était une technique dérivée
de la recherche militaire. Il poussa le bouton qui mettait le
boîtier en mode bracketing automatique, couvrant une exposition
d'un diaphragme d'écart entre la lumière maximum
et la lumière minimum, avec une priorité à
la vitesse au 500e de seconde. La photo serait nette, et correctement
exposée. Le van se dirigeait vers lui à grande
vitesse. Lorsqu'il aborda une chicane, ses roues gauches se
soulevèrent comme s'il allait partir en tonneaux. Il
se présenta alors légèrement de trois quarts,
de telle sorte que l'inscription sur ses flancs était
à présent visible. Sébastien Meyer appuya
sur le déclencheur, soutenant de son autre main le fût
du téléobjectif. Soudain il n'y eut plus rien."
Et Meyer se réveille à Paris, dans un hôpital.
Borgne, il constate rapidement que sa vie de photographe est
foutue. Absence de boulot, vie à repenser entièrement,
déprime… Meyer glisse rapidement au fond du trou.
C'est le hasard, un ancien collègue ayant récupéré
ses affaires à Sarajevo, dont son sac avec son appareil-photo
broyé mais pellicule intacte à l'intérieur,
qui vont redonner un sens à sa vie : tenter de comprendre
ce qui lui est arrivé. Mais Meyer est-il taillé
pour affronter ce qui l'attend ?
Après l'excellent roman La frontière (Seuil),
on attendait Patrick Bard au tournant et force est de constater
que l'homme est aussi bon romancier que photographe. L'attrapeur
d'ombres est un grand thriller : ambiance parfaitement rendue
(les descriptions de la Bosnie sont excellentes), intrigue cossue
à souhait, rythme à couper le souffle sur les
200 dernières pages et suspens qui vous tient en haleine
tout le livre. Ajoutez-y en parallèle le destin d'une
jeune africaine qui tente de fuir son pays, des personnages
bien campés et vous obtenez un polar différent
mais aussi bon que le premier. Patrick Bard est un auteur à
suivre.