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     LiVReS
 
MA CAVALE
Cesare BATTISTI

Grasset/Rivages - 374 pages
"Je n'ai jamais tué. Je suis coupable, comme je l'ai dit souvent, d'avoir participé à un groupe armé subversif et d'avoir porté des armes. Je n'ai jamais tiré sur personne."


C'est sur ces mots que Cesare Battisti, commence (presque) ce récit d'une absolue justesse, récit en deux parties, aux titres tellement justes.

Dans "Est-ce ainsi que les hommes jugent", Cesare revient sur son engagement dans les PAC, les conditions de jugement de l'époque en Italie. Il explique son arrestation, sa relation avec Paris, sa détention, l'absence d'un procès qui pourrait avoir lieu en Italie : "Si je pouvais être jugé, je pourrais exposer tous ces faits et me défendre. Dans tous les pays d'Europe, la loi prévoit que les condamnés en leur absence - jugés "par contumace" -, s'ils sont pris ou s'ils se livrent, ont le droit à un nouveau procès, afin qu'ils puissent s'expliquer en personne devant les juges. Mais pas en Italie, où le "contumace" est directement conduit en prison pour effectuer sa peine, sans aucune voie de recours".

Il y écrit son étonnement : "Je n'imaginais pas qu'un juge ou un homme de droit quelconque doté d'un peu de bon sens, puisse un jour prendre au sérieux de tels procès et une telle sentence. Mieux que cela, vingt-cinq ans après les faits, et l'état d'urgence étant clos depuis longtemps, je croyais impensable que les autorités italiennes aient jamais le front d'affirmer la légitimité des jugements incroyables de cette époque."

Il s'interroge aussi sur la presse française : "Mais que leur arrivait-il, à tous ? Pourquoi ces journalistes ne faisaient plus leur métier ? Pourquoi ne consultaient-ils pas les procès-verbaux pour en avoir enfin le cœur net ? Pourquoi prenaient-ils pour argent comptant les argumentaires bien arrangés que leur fournissait l'ambassade italienne? Aveuglés par l'efficacité de la propagande, ils ne venaient pas me voir pour entendre ce que j'avais à dire." Et il nous parle des pressions policières, des groupuscules d'intimidations…

Dans "Journal d'un chien errant", il raconte sa cavale, l'éloignement, la tristesse, la difficulté à tenir le coup… Comme il le dit en introduction : "La cavale est un trop plein de liberté dont on ne sait que faire. C'est marcher sur la pointe des pieds dans les rues bondées ou respirer tout doucement dans la nature de peur de réveiller les insectes. La cavale, c'est le temps qui passe sans effleurer le fuyard, qui voit tout et ne touche à rien".

"On est jamais loin quand il y a du cœur", écrit un moment Cesare Battisti, ce livre le prouve. Témoignage fort, Ma cavale permet à l'auteur de se raconter, de remettre les faits dans leur contexte historique et d'expliquer ce qu'il en était au moment de son arrestation. En cette période de justice troublée, en cette période où l'innocence des gens n'arrive pas à se faire entendre, c'est un document de toute première importance que devraient lire tous les habitués aux jugements à l'emporte-pièce, histoire de bien méditer...


Christophe Dupuis
© Jowebzine.com - Octobre 2006
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