Plutôt
qu’un ouvrage théorique supplémentaire sur l’Education
Nationale, François Bégaudeau a choisi de retranscrire
fidèlement son année scolaire (il est professeur de
français). Dérangeant.
On le sait depuis longtemps, les ouvrages consacrés à
l’Education Nationale sont devenus un genre en soi. Toujours
théoriques, toujours polémiques, ils prennent un malin
plaisir à pointer du doigt les dysfonctionnements d’une
machinerie lourde et omnisciente qui, faute d’une réelle
capacité d’adaptation, semble remplir de plus en plus
mal son rôle. Succès de librairie à tout coup,
ce type d’ouvrage a depuis longtemps cessé d’intéresser
qui que ce soit… sauf les "professionnels de la profession"
qui, entre inquiétude et masochisme, se délectent de
cette littérature destinée à fonctionner en circuit
fermé.
Contrairement à ce que le titre de son livre suggère,
François Bégaudeau a choisi, lui, d’ouvrir les
portes de sa classe pour livrer au lecteur, non pas une analyse de
plus, mais un compte-rendu fidèle de la réalité
d’un collège de notre temps. Professeur de français
dans le XIXe arrondissement de Paris, il retranscrit le quotidien
de son activité et de ses échanges avec ses élèves
en classe et ses collègues en salle des profs.
Au fil de dialogues piquants, difficiles, souvent drôles, parfois
durs, François Bégaudeau propose un instantané
de la réalité de notre système éducatif.
Pas de commentaire, juste les faits bruts, sans enluminure ni mise
en perspective. L’auteur lui-même ne se présente
pas dans une posture favorable, régulièrement confronté
à des situations desquelles il ne sort pas forcément
à son avantage… pas plus que les autres professeurs d’ailleurs,
dont les préoccupations sont à des années lumières
de leur métier.
Si Entre les murs se dévore d’une traite, c’est
pour laisser finalement le lecteur en état de choc une fois
la dernière page tournée. Car, non content de brosser
un tableau finalement sombre et inquiétant, François
Bégaudeau ne propose aucune solution. Ce dont on le remercie,
même s’il alourdit encore le sentiment de malaise palpable
qui émane de son livre.