Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Patrice Carrer
Série Noire - 464 pages
Ce
roman noir est un livre de fiction. Pourrait-on imaginer que dans
la réalité, un candidat à la présidence
des Etats-Unis se fasse élire parce qu’il a envahi un
pays du Moyen-Orient et qu’on ne répudie pas un le chef
des forces armées ?
Nous sommes à une semaine de l’élection présidentielle
aux Etats-Unis. Le président Augustus W. Scott essaie d’être
réélu. En face de lui, une candidate démocrate
concourt pour être la première femme à accéder
à cette fonction suprême. Scott a plusieurs points d’avance
dans les sondages, mais le débat télévisé
entre les deux protagonistes approche et le moindre faux-pas peut
coûter gros.
Dans cette ambiance où tout un pays retient son souffle devant
l’importance des enjeux, un petit bibliothécaire sans
un gramme d’héroïsme, vient fourrer son grain de
sel et gripper la machine.
À la suite d’un concours de circonstances, David Goldberg,
qui travaille dans une bibliothèque universitaire de Washington,
trouve un job d’appoint. Il va aider Alan Stowe, richissime
homme d’affaires qui a fait sa fortune en vendant des résidences
en lotissements, à classer ses archives.
Car Alan Stowe est autant un homme d’affaires qu’un financier
de l’ombre, un de ceux qui fournissent le président W.
en fonds occultes et qui magouille corps et âme pour sa réélection.
Bref, David est l’homme qui va se trouver au mauvais endroit,
au mauvais moment. Et se voir poursuivi par une équipe de cinglés
qui s’octroie tous les droits puisqu’elle travaille pour
la Sécurité Intérieure du Pays.
Voilà pour le nœud de l’intrigue qui nous ramène
en un terrain connu et pas si éloigné que cela des Trois
jours du Condor. Une intrigue qui ramène tout amateur de
polar en pays connu, territoire conquis de l’imaginaire.
Mais ce livre est écrit par Larry Beinhart et ce monsieur est
un écrivain original qui a marqué son monde en écrivant
Reality show que
Barry Levinson a adapté au cinéma sous le titre Des
hommes d’influence avec De Niro et Dustin Hoffman au casting.
Beinhart en un mot est un auteur excellent, qui sait trousser un roman
policier mais qui ne se contente jamais du service minimum. Il nous
montre les coulisses de la réalité et nous dépeint
de manière extrêmement documentée les agissements
de ceux qui manipulent les médias pour nous faire croire n’importe
quoi.
En l’occurrence, Beinhart nous prouve que l’argent est
la matière première de la manipulation et que la démocratie
américaine n’existe plus. Bon, nous ne sommes plus des
enfants et ces soit-disant révélations ne font pas l’effet
d’une bombe. Mais, intelligemment argumenté et sans jamais
perdre de vue de dépeindre la condition humaine, Beinhart nous
tient en éveil et nous rend davantage lucides.
Voilà donc un roman drôle, sec, un roman où l’on
croise une femme sublime qui s’appelle Niobé et un Secrétaire
d’Etat aussi machiavélique qu’un Kissinger. Un
roman qui vous distrait intelligemment.
Question subsidiaire : trois ou quatre romans de Larry Beinhart attendent
d’être traduits en français et de trouver leurs
lecteurs. Qu’attendent donc nos amis les éditeurs ?