Auteur
prolifique (romans, essais, poésie), Tahar Ben Jelloun a souvent
trouvé l’inspiration dans la société dont
il est originaire : le Maroc. Ayant lui-même fait le choix de
partir, il était intéressant de savoir comment il pouvait
traiter ce thème de l’exil au travers d’un roman.
D’autant que l’un de ses tout premiers ouvrages parus
en France était un essai consacré à la condition
des immigrés : La plus haute des solitudes en 1977.
Les conditions de son émigration n’ont certainement pas
été aussi dramatiques que celles de ces nouveaux "boat
people" dont les naufrages ont lieu, eux, dans notre environnement
géographique le plus proche : les côtes d’Italie
et d’Espagne où nous passons nos vacances !
Mais même si les motivations et le contexte ont été,
du moins on le suppose, bien différents, quitter son pays est
toujours un traumatisme, une blessure… Alors, quel regard Tahar
Ben Jelloun a sur ce phénomène, quel personnage va nous
faire comprendre de l’intérieur les motivations, les
ressorts en jeu ? Cela devrait être passionnant surtout si l’on
pense que l’argument "misère économique"
est un peu court, notamment pour les jeunes gens d’Afrique du
Nord, et ne saurait totalement rendre compte de leurs motivations.
Pourquoi décide-t-on alors de quitter son pays, de risquer
sa vie pour un avenir aussi incertain ?
Tanger est le point de départ des candidats à l’exode.
Quelques étrangers y maintiennent, vaille que vaille, le mythe
de la ville cosmopolite et l’un d'eux sera le "sauveur"
du personnage principal, Azel, puisqu’il l’aidera à
émigrer légalement en Espagne. Azel, jeune homme diplômé
mais sans emploi, humilié et violé par la police devient,
bien qu’hétérosexuel, l’amant de Miguel.
La sœur d’Azel, Kenza, est le personnage "positif"
du roman : responsable, claire dans ses objectifs, se prenant en charge…
Autour de ces 3 personnages gravitent de nombreux autres jeunes Marocains,
tous tendus vers ce même objectif : partir.
Le nombre de personnages, de thèmes secondaires évoqués
(condition de la femme, carcan religieux, pauvreté, mais aussi
homosexualité, intégrisme musulman), plutôt qu’enrichir
le roman semble lui nuire. On a l’impression que Tahar Ben Jelloun
a souhaité illustrer différents cas de figure, presque
un catalogue, une typologie du jeune émigrant Marocain. Et
même Azel, le personnage central manque d’épaisseur.
Cela donne parfois le sentiment de lire une étude sociologique,
une présentation de cas et l'on se dit qu’on aurait préféré
des interviews brutes où ces jeunes en auraient exprimé
plus sur leur mal-être.
Toutefois, félicitations à l’éditeur…
le meilleur passage du livre est en quatrième de couverture
!