Untitled Document
 

     LiVReS
 
PARTIR
Tahar BEN JELLOUN

Gallimard - 225 pages
Auteur prolifique (romans, essais, poésie), Tahar Ben Jelloun a souvent trouvé l’inspiration dans la société dont il est originaire : le Maroc. Ayant lui-même fait le choix de partir, il était intéressant de savoir comment il pouvait traiter ce thème de l’exil au travers d’un roman. D’autant que l’un de ses tout premiers ouvrages parus en France était un essai consacré à la condition des immigrés : La plus haute des solitudes en 1977.


Les conditions de son émigration n’ont certainement pas été aussi dramatiques que celles de ces nouveaux "boat people" dont les naufrages ont lieu, eux, dans notre environnement géographique le plus proche : les côtes d’Italie et d’Espagne où nous passons nos vacances !

Mais même si les motivations et le contexte ont été, du moins on le suppose, bien différents, quitter son pays est toujours un traumatisme, une blessure… Alors, quel regard Tahar Ben Jelloun a sur ce phénomène, quel personnage va nous faire comprendre de l’intérieur les motivations, les ressorts en jeu ? Cela devrait être passionnant surtout si l’on pense que l’argument "misère économique" est un peu court, notamment pour les jeunes gens d’Afrique du Nord, et ne saurait totalement rendre compte de leurs motivations. Pourquoi décide-t-on alors de quitter son pays, de risquer sa vie pour un avenir aussi incertain ?

Tanger est le point de départ des candidats à l’exode. Quelques étrangers y maintiennent, vaille que vaille, le mythe de la ville cosmopolite et l’un d'eux sera le "sauveur" du personnage principal, Azel, puisqu’il l’aidera à émigrer légalement en Espagne. Azel, jeune homme diplômé mais sans emploi, humilié et violé par la police devient, bien qu’hétérosexuel, l’amant de Miguel. La sœur d’Azel, Kenza, est le personnage "positif" du roman : responsable, claire dans ses objectifs, se prenant en charge… Autour de ces 3 personnages gravitent de nombreux autres jeunes Marocains, tous tendus vers ce même objectif : partir.

Le nombre de personnages, de thèmes secondaires évoqués (condition de la femme, carcan religieux, pauvreté, mais aussi homosexualité, intégrisme musulman), plutôt qu’enrichir le roman semble lui nuire. On a l’impression que Tahar Ben Jelloun a souhaité illustrer différents cas de figure, presque un catalogue, une typologie du jeune émigrant Marocain. Et même Azel, le personnage central manque d’épaisseur.

Cela donne parfois le sentiment de lire une étude sociologique, une présentation de cas et l'on se dit qu’on aurait préféré des interviews brutes où ces jeunes en auraient exprimé plus sur leur mal-être.

Toutefois, félicitations à l’éditeur… le meilleur passage du livre est en quatrième de couverture !


Jasmine Nemmiche
© Jowebzine.com - Mai 2006
Untitled Document













Untitled Document
Copyright © 2001-2006 - Tous droits réservés