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SOINS INTENSIFS
Alan BENNETT

Traduit de l’anglais par Pierre Ménard

Denoël - 128 pages
Alan Bennett nous livre une satire iconoclaste qui ne donne envie ni de mourir, ni de fréquenter les hôpitaux anglais, encore moins de fréquenter les familles, ces nids de rapports venimeux !


Soins intensifs est un roman sorti en février 2006 sans qu’on y ait prêté attention et c’est assez dommage. C’est un court roman d’Alan Bennett, auteur que les amateurs de théâtre connaissent bien.

En effet, il n’est pas rare de voir sur nos scènes, ces monologues décapants que Bennett a publiés sous le titre collectif de Talking heads. Monologue par exemple d’une ménagère n’osant pas s’avouer qu’elle est troublée par son épicier pakistanais.

Alan Bennett est né à Leeds dans le Yorkshire, en mai 1934. Après des études classiques à Oxford, il s’est fait connaître aux côtés de Peter Cook et Dudley Moore en tant que comique dont on peut penser qu’il fut précurseur de l’esprit des Monty Python.

Alan Bennett est connu en Angleterre comme un homme d’esprit, un auteur de pièces de théâtre, un scénariste de cinéma : il a écrit Prick up your ears pour Stephen Frears ou La folie du roi George. Il a écrit également un nombre considérable de films pour la télévision anglaise, dont il faut rappeler le niveau d’excellence. Bref, un brillant touche-à-tout.

Soins intensifs est assez représentatif de la méthode Bennett. Ecrit tout d’abord pour la BBC en 1982, ce texte a été retravaillé pour aboutir à ce court roman dont le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est corrosif sous ses allures anodines.

Midgley est un professeur d’anglais d’une quarantaine d’années, qui apprend que son père se trouve à l’hôpital dans le coma. Il décide alors de l’assister dans ses derniers instants. Sa femme ne lui apporte aucun soutien. Et à l’hôpital même, les infirmiers ou les médecins interviennent en fantômes qui ne sauraient pas quoi faire. L’absurde est poussé à son comble par le fait que ce père, tout en étant dans un état végétatif, se refuse à mourir.

Midgley est un ectoplasme, le jouet des évènements. Autour du lit, défilent une humanité peu reluisante : tante cancanière, famille modèle en train de se craqueler… Heureusement, Midgley que personne ne remarque finira par trouver un peu de réconfort dans les bras d’une infirmière rondelette et souillon.

Il est rare d’aborder de front ce type d’évènements traumatisants. Bennett en livre un tableau délirant du quotidien anglais et arrive à nous faire rire. La preuve ? Par l’exemple, ce portrait de Tante Kitty : "Tante Kitty éprouvait une égale fascination pour la médecine et la royauté et ne manquait jamais de faire le lien entre les deux, dès que cela s’avérait possible. Si jamais on lui avait annoncé qu’elle souffrait de la même maladie qu’un membre quelconque de la famille royale, elle aurait accueilli sa mort avec ravissement."

Amateurs d’humour anglais, vous savez ce qu’il vous reste à faire.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Avril 2006
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