Alan
Bennett nous livre une satire iconoclaste qui ne donne envie ni de
mourir, ni de fréquenter les hôpitaux anglais, encore
moins de fréquenter les familles, ces nids de rapports venimeux
!
Soins intensifs est un roman sorti en février 2006 sans qu’on
y ait prêté attention et c’est assez dommage. C’est
un court roman d’Alan Bennett, auteur que les amateurs de théâtre
connaissent bien.
En effet, il n’est pas rare de voir sur nos scènes, ces
monologues décapants que Bennett a publiés sous le titre
collectif de Talking heads. Monologue par exemple d’une ménagère
n’osant pas s’avouer qu’elle est troublée
par son épicier pakistanais.
Alan Bennett est né à Leeds dans le Yorkshire, en mai
1934. Après des études classiques à Oxford, il
s’est fait connaître aux côtés de Peter Cook
et Dudley Moore en tant que comique dont on peut penser qu’il
fut précurseur de l’esprit des Monty Python.
Alan Bennett est connu en Angleterre comme un homme d’esprit,
un auteur de pièces de théâtre, un scénariste
de cinéma : il a écrit Prick up your ears pour Stephen
Frears ou La folie du roi George. Il a écrit également
un nombre considérable de films pour la télévision
anglaise, dont il faut rappeler le niveau d’excellence. Bref,
un brillant touche-à-tout.
Soins intensifs est assez représentatif de la méthode
Bennett. Ecrit tout d’abord pour la BBC en 1982, ce texte a
été retravaillé pour aboutir à ce court
roman dont le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il
est corrosif sous ses allures anodines.
Midgley est un professeur d’anglais d’une quarantaine
d’années, qui apprend que son père se trouve à
l’hôpital dans le coma. Il décide alors de l’assister
dans ses derniers instants. Sa femme ne lui apporte aucun soutien.
Et à l’hôpital même, les infirmiers ou les
médecins interviennent en fantômes qui ne sauraient pas
quoi faire. L’absurde est poussé à son comble
par le fait que ce père, tout en étant dans un état
végétatif, se refuse à mourir.
Midgley est un ectoplasme, le jouet des évènements.
Autour du lit, défilent une humanité peu reluisante
: tante cancanière, famille modèle en train de se craqueler…
Heureusement, Midgley que personne ne remarque finira par trouver
un peu de réconfort dans les bras d’une infirmière
rondelette et souillon.
Il est rare d’aborder de front ce type d’évènements
traumatisants. Bennett en livre un tableau délirant du quotidien
anglais et arrive à nous faire rire. La preuve ? Par l’exemple,
ce portrait de Tante Kitty : "Tante Kitty éprouvait une
égale fascination pour la médecine et la royauté
et ne manquait jamais de faire le lien entre les deux, dès
que cela s’avérait possible. Si jamais on lui avait annoncé
qu’elle souffrait de la même maladie qu’un membre
quelconque de la famille royale, elle aurait accueilli sa mort avec
ravissement."
Amateurs d’humour anglais, vous savez ce qu’il vous reste
à faire.