Un
livre très drôle sur l’Italie des années
60. L’histoire d’un gamin qui voit son village livré
aux mains de promoteurs véreux contre qui il tente de lutter
avec quelques irréductibles villageois. Il est aussi aidé
par des esprits de la forêt, dont un dieu qui lui confère
le pouvoir de voir le futur. Au final, Saltatempo est un très
beau roman, drôle et onirique, sur la folie du monde moderne.
Dans l’Italie des années 60, un petit garçon -
Saltatempo - vit en communion avec la nature jusqu’à
ce que la soif de modernité de quelques-uns vienne bouleverser
son monde : ils veulent raser le village pour construire des lotissements,
et déboiser la forêt pour bâtir une usine et une
autoroute.
Saltatempo luttera à sa façon, grâce notamment
au don que lui a conféré un dieu de la forêt :
celui de voir le futur de ses interlocuteurs, ce qui lui permet de
juger de l’honnêteté de chacun.
Ce livre est un régal à double titre : plaisir de lire
les turpitudes d’un gamin, et jubilation de vivre aux côtés
de villageois incroyables auxquels on s’attache, d’autant
que les personnages secondaires sont soignés.
"Galilé, Cavazzuti et moi faisions la cour à la
Venerelli (…) Galilé était un adversaire redoutable
: c’était un vrai intellectuel aux yeux bleus et mélancoliques,
et il s’adressait à la Venerelli comme si c’était
un pur esprit, sans jamais regarder ses nichons, mais moi je savais
très bien que s’il ne les regardait pas en ce moment,
il les avait lorgnés avant. Galilé parlait, avec une
voix aiguë, de ses trois sujets préférés
qui étaient le destin de l’homme et le sens de la vie.
Le troisième était : pourquoi trouve-t-on tant de doubles
dans les images de joueurs de foot, mais ce jour-là ce n’était
pas le bon sujet ».
L’ambiance de village est très bien restituée,
avec les communistes qui se chamaillent sans cesse avec les "modernistes",
des hommes d’affaires ou politiques véreux.
Mais si le rire est présent quasiment à chaque page,
on sent finalement poindre une nostalgie, une interrogation sur le
monde moderne qui vise le progrès, quitte à mettre en
péril l’équilibre, voire la vie, de tous.