La
lutte des fermiers blancs pour conserver leurs terres malgré
l'expropriation ordonnée par le président du Zimbabwe.
Plaisant et passionnant.
Nous sommes au Zimbabwe, dans les années 1990. Le "président
élu démocratiquement à vie" Mugabe
est en place depuis l'indépendance totale du pays, ancienne
colonie britannique, acquise en 1980. Mugabe accentue son emprise
autoritaire et a pour projet de faire adopter une loi agraire
ayant pour objectif d'exproprier les fermiers blancs de leurs
terres. Le climat du pays se détériore, la révolte
des noirs gronde, des assassinats de blancs sont perpétrés.
Calixthe Beyala, écrivain d'origine camerounaise à
la forte personnalité, connue pour son activité
militante en faveur d'une plus grande représentation
des minorités dans la société française,
décide, avec La plantation, de nous faire vivre ces évènements
du point de vue de la communauté blanche.
Le mérite de ce roman est de ne pas être manichéen
en défendant de façon convenue les opprimés
contre les dominants. Elle cherche à démontrer
que ce contexte post-colonial est complexe, que les blancs sont
tout autant chez eux dans ce pays qu'ils ont participé
à bâtir et que la solution n'est pas dans un rejet
pur et simple. Elle dénonce par la même occasion
le régime du président Mugabe, dont la politique
conduira à l'appauvrissement du pays.
Au-delà du contexte politique du Zimbabwe, c'est une
ambiance que nous découvrons, une communauté de
personnages hauts en couleurs, dont nous partageons les pérégrinations.
Blues, en particulier, notre héroïne, découvre,
du haut de ses 18 ans, son pays sous un nouveau jour et l'amour
par la même occasion. Elle est la fille d'un puissant
propriétaire blanc, Thomas Cornu, dont les ancêtres
ont travaillé durs pour cette terre et, rebelle et indépendante,
se battra pour poursuivre leur héritage.
L'écriture de Calixthe Beyala est un régal : inventive,
foisonnante, pleine de verve et de vie, voire crue. Elle restitue
parfaitement l'ambiance d'un pays où la sensualité
et l'érotisme côtoient la violence, le racisme
et la pauvreté. Ce roman est, vous l'aurez compris, un
grand roman d'aventure à la fois divertissant, plaisant
à lire grâce à la qualité de l'écriture,
et enrichissant sur le plan intellectuel puisque l'on y apprend
beaucoup sur ce pays.