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NATASHA ET AUTRES HISTOIRES
David BEZMOZGIS

Traduit de l’anglais par Philippe Aronson

Christian Bourgois - 168 pages
Un jeune auteur de 30 ans nous fait revisiter avec talent le sort des immigrés qui quittent un monde pour en aborder un autre. Emouvant et sans prétention.


Vous vous souvenez peut-être des nouvelles d’Isaac Bashevis Singer (qui obtint le prix Nobel de littérature) ? Singer y décrivait la vie des juifs en Pologne, dans les petits villages comme à Varsovie ou à Cracovie. Il décrivait également l’existence des juifs européens en Amérique.

Autrement dit, il parlait de ce qu’il connaissait, de ce qui faisait partie de son parcours dans la vie. Et d’une vision de son infiniment proche, il atteignait - O miracle du livre - à l’Universel.

Eh bien, David Bezmozgis a retenu la leçon. Avec Natasha et autres histoires, il a publié un recueil de nouvelles qui retrace son histoire, selon un itinéraire que nombre d’écrivains devraient emprunter.

Ces sept nouvelles ont les mêmes personnages pour fil conducteur. On suit, de leur installation au Canada au moment où Mark, le narrateur, devient un jeune homme, l’histoire de la famille Berman, des juifs lituaniens fuyant l’Union Soviétique en 1980 pour s’installer à Toronto, Canada.

Famille attachante, où la mère est la première à s’intégrer mais aussi la première à faire une dépression nerveuse. Où le père travaille dans une usine de barres chocolatées et essaye d’ouvrir un cabinet de masseur, tout en regrettant, sans le dire, le poste à responsabilité qu’il exerçait en Lituanie.

Le fils Mark, de petit garçon à jeune homme qui cherche sa voie, tout en passant par le stade de l’adolescent dealer de drogue et amoureux, est un personnage qui permet l’identification. Nous comprenons ses tourments.

L’itinéraire emprunté par Bezmozgis est le suivant : il s’inspire de ce qui est réellement arrivé à sa famille (son père est vraiment masseur à Toronto) mais il en fait de la fiction. C’est-à-dire qu’à partir du réel, il bâtit de l’imaginaire.

Chacune de ces histoires nous touche parce qu’elle fait appel à des sentiments profonds. Quand on y réfléchit, les immigrés ne sont pas ces salauds qui veulent manger le pain des autochtones mais des êtres coupés de leurs racines, vivant dans l’espoir d’un monde meilleur et leurs déboires rappellent les films de Chaplin.

Citons, par exemple, l’histoire de Tapka, petit chien amené par un couple d’immigrés de Russie au Canada. Le narrateur et sa cousine (6 et 8 ans) vont le chercher chaque jour pour le promener autour du pâté de maison jusqu’au jour où Tapka leur échappe. Or Tapka est considéré par le couple d’immigrés comme un enfant, la chair de leur chair qui donne un sens à leur vie…

Ces sept nouvelles sont servies par un style d’une simplicité et d’une limpidité confondante. À n’en pas douter, Bezmozgis est l’ennemi de la boursouflure et du pathos. Il vous prend d’autant plus aux tripes.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Mai 2005
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