SOUS
LA SERVIETTE, IL N’Y A PAS QUE DU SABLE
Un joli roman de plage-réalité où les personnages
s’entrecroisent au fil des étés pour laisser
place à la réalité nue, loin des bains
de soleil et de l’autobronzant.
Non, ceci n’est pas un roman de plage, de ceux que vous
lisez sous le soleil soi-disant réparateur des congés
estivants pour vous faire oublier le reste : le travail, les
responsabilités, les enfants – adorables, mais
si présents –, le mari ou l’épouse
et ses petites manies. Accès direct à la plage
est plutôt tout l’inverse, la vraie vie qui s’invite
à la plage. Que trouve-t-on sous la plage quand on
en retire serviettes et coquillages ? C’est ce que dévoile
ce roman joliment structuré, où les personnages
se découvrent par le croisement de leurs témoignages
de bord de mer.
Les morceaux d’un miroir brisé reflètent
chacun une image différente ; parce qu’ils n’ont
pas la même forme, parce qu’ils n’ont pas
le même angle. Le roman regarde successivement chaque
morceau du miroir. Le puzzle n’est jamais complet et
il faut parcourir les quatre saisons estivales de 1972 à
2002 pour obtenir une vision d’ensemble. D’ensemble
de quoi ? D’une réalité, d’un ensemble
de relations, de ce que chacun est ou fut avec pour encrage
thématique les vacances en bord de mer. Ce n’est
pas une énigme où l’on rassemble les pièces
d’un meurtre. Ici le temps passe et les personnages
nous parlent d’eux, de leur présent. Présent,
passé, croisement de personnages et de vies, chaque
personnage – mari, enfant, relation, rencontre ou épouse
– nous livre un éclat de la réalité.
Le livre joue sur la curiosité un peu voyeuse du lecteur
qui accède, par une langue simple et directe, à
l’intériorité et aux sentiments des personnages.
Cela a le double effet d’engendrer la proximité
avec les sentiments exprimés et le désir d’en
savoir plus qui vous conduisent jusqu’aux dernières
pages de ce roman. C’est presque une enquête sans
enquêteur et sans question, juste l’accession
par le lecteur à une succession de témoignages
intimes qui laissent une trace, un parfum de réel et
de varech longtemps après avoir tourné la dernière
page.
Rodolphe Even
© Jowebzine.com - Décembre 2003
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