Comment
évoquer Antoine Blondin sans penser immédiatement
au Singe en Hiver, son roman emblématique ?
Formidable personnage, formidable styliste, Antoine Blondin
est un écrivain rare en ce siècle de convention.
Tout au long d'une carrière plus consacrée à
un journalisme rémunérateur et à un alcoolisme
salvateur/destructeur qu'à la construction d'une oeuvre
littéraire, l'Antoine a distillé (désolé...)
au compte goutte une poignée de diamants qu'il faut découvrir
d'urgence. l'Europe Buissonnière, les Enfants du Bon
Dieu ou Monsieur Jadis ne sont pas les moindres de ceux-là.
Avec Un Singe en Hiver, comme avec ses autres romans (et articles
ciselés pour le journal l'Equipe au long des routes du
Tour de France), Antoine Blondin nous offre un feu d'artifice
de trouvailles de style, de vocabulaire et de syntaxe. Un peu
à la manière d'un Jean Echenoz aujourd'hui, Antoine
Blondin ne se contente jamais de formules ou d'expressions toutes
faites. Pas de lieux communs avec lui. Une rangée de
crochets devient "un taillis de portemanteaux, baptisés
perroquets, qui mélange des ramures piteuses". Et
l'intervention des gendarmes nous vaut ce genre de description
: "Les gendarmes se pointèrent enfin, très
embêtés comme ils le sont toujours lorsqu'ils n'ont
pas eu l'initiative des opérations et qu'il leur faut
trancher entre des assertions délibérément
contradictoires".
Né à Paris en 1922, Antoine Blondin fait ses études
au Lycée Louis Le Grand, est licencié ès
lettres et obtient un 2e accessit au concours général
de philosophie. Mais au delà de ce parcours, sa vraie
nature est celle d'un nonchalant, d'un dilettante surdoué
pour qui l'existence ne doit être qu'amitié et
plaisirs partagés. Tout au long de sa vie, ce penchant
marqué pour la "vraie" vie l'entraîne
inexorablement vers une compagne exigeante et insatiable : la
dive bouteille...
Pour toutes ces raisons, Un Singe en Hiver est un roman poignant
et prenant comme rarement il nous est donné d'en lire.
Tout Blondin est dans ces pages. Tout Blondin est dans le personnage
de Fouquet à la fois si fort et si faible. Amoureux éconduit
et père absent mais tellement désireux de renouer
ces fils fragiles que la boisson toujours défait.
Plus qu'une intrigue au sens classique du terme, ce sont les
circonvolutions, les cheminements de la descente aux enfers
de Fouquet et d'Albert qu'Antoine Blondin nous donne à
observer. Les méandres de la pensée, de l'évocation,
du souvenir explorés au travers du verre grossisant des
culs de bouteilles est un voyage inédit et tellement
fort lorsq'un talent tel que celui d'Antoine Blondin se donne
la peine de nous servir de guide.
Un Singe en Hiver ne se raconte pas. Il ne se lit pas non plus,
il se déguste. Comme un vieux, un très vieux marc
de Bourgogne. A toutes petites gorgées pour en apprécier
mieux et plus longuement toutes les subtilités.