Luc
Bondy réussit à imposer un ton personnel dans Mes dibbouks,
mais la fin de son ouvrage part en "eau de boudin".
Luc Bondy est un des metteurs en scène de théâtre
les plus réputés sur les scènes européennes.
Et ce, depuis une vingtaine d’années. Il a monté
Shakespeare autant que Yasmina Réza. Il a également
mis en scène de nombreux opéras et, récemment,
il a tourné un film sur un scénario de Philippe Djian.
Et comme on dit, dans les CV prometteurs, il parle couramment allemand
et français.
Bref, Luc Bondy fait partie de cette génération à
la Patrice Chéreau, où l’on utilise différents
canaux artistiques pour exprimer sa vision du monde. Ne soyons donc
pas étonnés si paraît aujourd’hui un livre
intitulé Mes dibbouks et signé Luc Bondy.
Un dibbouk, dans la tradition juive, est un mauvais génie,
une âme morte qui vient squatter la personnalité d’un
vivant et lui dicte ses agissements. En effet, ce livre semble écrit
par deux personnes au moins.
Pour dire la vérité, c’est un livre qui commence
bien (même très bien) et qui finit mal. Le premier chapitre
consacré au père de l’auteur est aussi intéressant
que pudique. Le deuxième est entièrement centré
sur l’internat pyrénéen où Luc Bondy a
passé son adolescence. Il a les mêmes qualités
que le premier chapitre et développe un univers claustrophobe
dans lequel l’auteur a pourtant ressenti ses premiers désirs
de théâtre.
Un troisième chapitre évoque diverses amitiés
de Luc Bondy. Et, nous sommes sous le charme, car Bondy accorde de
l’importance aux relations avec autrui. L’amitié
n’est pas univoque. Elle montre des visages variés. L’auteur
atteint son point d’excellence dans une palette qui va d’un
décorateur de théâtre à un chauffeur de
taxi. Tous frères humains.
Et puis, que se passe-t-il ? Quel méchant dibbouk prend le
pouvoir ? Les soixante-dix dernières pages semblent écrites
par un cousin de Bondy qui reprendrait maladroitement la plume et
le flambeau. Nous assistons à quelques fables sans consistances,
des fables où la mort, la maladie et la décrépitude
sont omniprésentes. Il y a là une certaine complaisance
qui met le lecteur mal à l’aise.
Ce livre mi-chèvre, mi-chou, irrite finalement parce qu’on
est en droit d’attendre davantage d’un auteur qui commence
par parler de tout ce qui l’a construit en tant qu’homme
et finit dans des saynètes dont on perçoit mal la nécessité.
Nous sommes d’autant plus désappointés que les
trois quarts du livre nous ont permis de connaître une voix
authentique dont nous espérons bien avoir encore des nouvelles.