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     LiVReS
 
MES DIBBOUKS
Luc BONDY

Traduit de l’allemand
par Olivier Mannoni

Christian Bourgois - 210 pages
Luc Bondy réussit à imposer un ton personnel dans Mes dibbouks, mais la fin de son ouvrage part en "eau de boudin".


Luc Bondy est un des metteurs en scène de théâtre les plus réputés sur les scènes européennes. Et ce, depuis une vingtaine d’années. Il a monté Shakespeare autant que Yasmina Réza. Il a également mis en scène de nombreux opéras et, récemment, il a tourné un film sur un scénario de Philippe Djian. Et comme on dit, dans les CV prometteurs, il parle couramment allemand et français.

Bref, Luc Bondy fait partie de cette génération à la Patrice Chéreau, où l’on utilise différents canaux artistiques pour exprimer sa vision du monde. Ne soyons donc pas étonnés si paraît aujourd’hui un livre intitulé Mes dibbouks et signé Luc Bondy.

Un dibbouk, dans la tradition juive, est un mauvais génie, une âme morte qui vient squatter la personnalité d’un vivant et lui dicte ses agissements. En effet, ce livre semble écrit par deux personnes au moins.

Pour dire la vérité, c’est un livre qui commence bien (même très bien) et qui finit mal. Le premier chapitre consacré au père de l’auteur est aussi intéressant que pudique. Le deuxième est entièrement centré sur l’internat pyrénéen où Luc Bondy a passé son adolescence. Il a les mêmes qualités que le premier chapitre et développe un univers claustrophobe dans lequel l’auteur a pourtant ressenti ses premiers désirs de théâtre.

Un troisième chapitre évoque diverses amitiés de Luc Bondy. Et, nous sommes sous le charme, car Bondy accorde de l’importance aux relations avec autrui. L’amitié n’est pas univoque. Elle montre des visages variés. L’auteur atteint son point d’excellence dans une palette qui va d’un décorateur de théâtre à un chauffeur de taxi. Tous frères humains.

Et puis, que se passe-t-il ? Quel méchant dibbouk prend le pouvoir ? Les soixante-dix dernières pages semblent écrites par un cousin de Bondy qui reprendrait maladroitement la plume et le flambeau. Nous assistons à quelques fables sans consistances, des fables où la mort, la maladie et la décrépitude sont omniprésentes. Il y a là une certaine complaisance qui met le lecteur mal à l’aise.

Ce livre mi-chèvre, mi-chou, irrite finalement parce qu’on est en droit d’attendre davantage d’un auteur qui commence par parler de tout ce qui l’a construit en tant qu’homme et finit dans des saynètes dont on perçoit mal la nécessité.

Nous sommes d’autant plus désappointés que les trois quarts du livre nous ont permis de connaître une voix authentique dont nous espérons bien avoir encore des nouvelles.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Septembre 2006
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