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de Kärcher. Ce sont les premiers mots qui viennent à l’esprit
en refermant ce roman. Mais c’est la France d’en bas qui
maniera un jour prochain l’instrument de nettoyage, c’est
du moins l’espoir de l’auteur. Qui, en attendant ce jour,
utilise, lui, la littérature comme arme.
Phénomène rare pour un premier roman et même dans
l’essentiel de la production française qui se complaît
souvent dans l’auto-fiction : Jean-Eric Boulin a choisi de nous
parler de ce malaise diffus qui pourrit la société française
en ce début de XXIe et que d’aucuns ont appelé
la fracture sociale. Supplément au roman national se consacre
à la vie de ceux qui, selon Boulin, sont aujourd’hui
invisibles pour l’élite politique et médiatique,
arrogante et convaincue d’être la représentante
légitime de la société française…
Jeunes, beurs, blacks ou Français de souche, comme on dit aujourd’hui,
ils vivent à la périphérie de la société
libérale avancée. Véritables laissés pour
compte, leur frustration n’est plus aujourd’hui canalisée,
"socialisée" par une offre crédible des politiques.
Leur jeunesse est une errance vide de sens où le matérialisme
de la société de consommation est devenu la norme, société
à laquelle ils n’ont pas accès du fait de la précarité
de leur situation.
Le roman balaie les dernières années écoulées
et se projette en 2007 où il prédit l’embrasement
général. Il s’attache, entre annotations sur les
personnes et événements de l’histoire récente,
au destin de deux personnages qui, malgré leurs origines, leurs
formations différentes vont arriver au même paroxysme
dans leur révolte.
En contrepoint, la caste au pouvoir fait l’objet d’une
description au vitriol. Parmi ses représentants, François
Hollande (peut-être parce que censé être le héraut
de ce qui, dans une démocratie vivante, serait une alternative
politique au marasme actuel) a droit à un "traitement
de faveur". Il est décrit (caricaturé ?) comme
l’exemple type du politicien, de droite ou de gauche, pour qui
le pouvoir est une jouissance, loin de tout idéal.
Cette crise de la nation, ce désespoir sont décrits
dans un style haché, virulent qui parfois rappelle le grand
ancêtre Céline. Ce style, ces thèmes pourraient
faire craindre un soubassement idéologique fascisant : la trahison
des élites, le "tous pourris" de triste mémoire…
Mais si certains passages sont, à lecture rapide, ambivalents,
il nous semble que l’auteur évite cet écueil et
que, comme ses "héros", sa révolte est à
la hauteur de son amour déçu pour la France.