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SUPPLEMENT AU ROMAN NATIONAL
Jean-Eric BOULIN

Stock - 154 pages
Retour de Kärcher. Ce sont les premiers mots qui viennent à l’esprit en refermant ce roman. Mais c’est la France d’en bas qui maniera un jour prochain l’instrument de nettoyage, c’est du moins l’espoir de l’auteur. Qui, en attendant ce jour, utilise, lui, la littérature comme arme.

Phénomène rare pour un premier roman et même dans l’essentiel de la production française qui se complaît souvent dans l’auto-fiction : Jean-Eric Boulin a choisi de nous parler de ce malaise diffus qui pourrit la société française en ce début de XXIe et que d’aucuns ont appelé la fracture sociale. Supplément au roman national se consacre à la vie de ceux qui, selon Boulin, sont aujourd’hui invisibles pour l’élite politique et médiatique, arrogante et convaincue d’être la représentante légitime de la société française…

Jeunes, beurs, blacks ou Français de souche, comme on dit aujourd’hui, ils vivent à la périphérie de la société libérale avancée. Véritables laissés pour compte, leur frustration n’est plus aujourd’hui canalisée, "socialisée" par une offre crédible des politiques. Leur jeunesse est une errance vide de sens où le matérialisme de la société de consommation est devenu la norme, société à laquelle ils n’ont pas accès du fait de la précarité de leur situation.

Le roman balaie les dernières années écoulées et se projette en 2007 où il prédit l’embrasement général. Il s’attache, entre annotations sur les personnes et événements de l’histoire récente, au destin de deux personnages qui, malgré leurs origines, leurs formations différentes vont arriver au même paroxysme dans leur révolte.

En contrepoint, la caste au pouvoir fait l’objet d’une description au vitriol. Parmi ses représentants, François Hollande (peut-être parce que censé être le héraut de ce qui, dans une démocratie vivante, serait une alternative politique au marasme actuel) a droit à un "traitement de faveur". Il est décrit (caricaturé ?) comme l’exemple type du politicien, de droite ou de gauche, pour qui le pouvoir est une jouissance, loin de tout idéal.

Cette crise de la nation, ce désespoir sont décrits dans un style haché, virulent qui parfois rappelle le grand ancêtre Céline. Ce style, ces thèmes pourraient faire craindre un soubassement idéologique fascisant : la trahison des élites, le "tous pourris" de triste mémoire… Mais si certains passages sont, à lecture rapide, ambivalents, il nous semble que l’auteur évite cet écueil et que, comme ses "héros", sa révolte est à la hauteur de son amour déçu pour la France.


Yasmine Nemmiche
© Jowebzine.com - Octobre 2006
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