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RETOMBÉES DE SOMBRERO
Richard BRAUTIGAN

Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
par Robert Pépin

10/18 - 202 pages
Retombées de sombrero fait partie de ces romans inclassables qui laissent durablement sous le charme leurs lecteurs de hasard. Succombez à votre tour à la "folie" de Richard Brautigan.


Peut-être que ce sera la première chronique paraissant sur Jowebzine.com sur un roman épuisé qui attend, tapis au fond d’un grenier, que le cerveau reptilien d’un éditeur renommé décide de le rééditer. Peut-être aussi que ce sera la première chronique apocryphe sur un roman lu il y a plus de quinze ans puis malencontreusement oublié par votre serviteur dans la bibliothèque d’une ex. Mais tout s’assemble puisque, précisément, Retombées de sombrero raconte une histoire d’ex. Bon, précisément n’est pas le bon terme. C’est même un sacré bordel, comme souvent chez Brautigan. Mais là, ça tend encore plus au sublime que d’habitude.

En gros, si je me souviens bien, ça se passe comme ça…

Un gagman de télé américaine s’isole un soir devant sa machine à écrire pour pondre une commande. Il n’a aucune idée de ce qui va sortir de son crâne alors il se lance. Au bout d’un quart d’heure de labeur il a planté le décor d’une petite ville du Far West écrasée par le soleil. Tout le monde est à l’abri et sous la tonnelle de la mairie, le maire, son premier adjoint et le shérif tentent de se rafraîchir en papotant.

Lorsque soudain, tombant ciel, un sombrero atterri au centre de la place d’arme.

Tout irait bien si le maire ne posait pas la malencontreuse question : "Qu’est-ce que ça peut bien être ?". Aussitôt, pressés d’être le premier sur l’information, le premier adjoint et le shérif se lancent en même temps vers l’objet. Mais, après une lutte acharnée, alors que le premier adjoint (à moins que ça ne soit le shérif, je ne sais plus) s’empare du chapeau, il s’y brûle. De froid ! Le chapeau est tellement froid qu’il est impossible de le ramasser. Et pourtant, sous la tonnelle, le maire piaffe d’impatience et souhaite qu’on lui apporte ce sombrero.

Là, notre gagman se retrouve dans une impasse dont on saisit très vite l’ampleur. Que faire de ce sombrero et de ces personnages qui puisse tirer des larmes de rire au public ? Le gagman décide que c’est une mauvaise piste, tire la feuille de sa machine à écrire, la froisse et la jette dans sa corbeille à papier. Puis il s’effondre dans son sofa pour réfléchir. C’est là qu’il trouve, glissé entre les plis du fauteuil, un cheveu, noir. Le cheveu d’une femme japonaise qu’il a aimé et qui l’a quitté.
A cet instant Retombées de sombrero se divise en deux histoires.

La première raconte le désespoir de cet homme qui, dans l’échec de cet amour, voit se refléter l’échec de sa propre vie.

La seconde raconte ce qui continue à se dérouler au fond de la corbeille à papier et qui a pris son envol vers des cieux étranges : dans la petite ville du Far West s’engage une lutte acharnée autour du sombrero glacial, divisant deux camps qui ne songent qu’à plaire au maire. Et puisque le gagman n’est plus là pour y mettre le holà, en roue libre, la lutte devient guerre fratricide puis thermonucléaire parce qu’on est chez Brautigan et que chez Brautigan tout est toujours à la démesure du grand n’importe quoi.

Voilà. Si je ne m’étais pas séparé de cette fille, j’aurais pu vous raconter ça de manière plus fidèle mais bon, peut-être aussi que je ne vous aurai rien raconté du tout. Donc on attend que Bourgois continue son travail de réédition des œuvres de Brautigan ou bien on fait la tournée des bouquinistes.


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Février 2004
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