Oublier
le temps : l’humanité d’un grand metteur
en scène. Peter Brook retrace son cheminement et nous
mène sur les chemins de sagesse.
Peter Brook, monstre de la mise en scène nous conduit
sur ses traces, de ses débuts alors bien jeune outre
Manche à l’homme reconnu qui a repris le théâtre
des Bouffes du Nord.
Reconnu mais pas accompli
Accompli signifierait deux choses inapplicables à
Peter Brook. Tout d’abord un homme réalisé,
plein de son succès, alors qu’à aucun instant
Peter Brook n’affiche sa célébrité
ni n’exprime qu’il est devenu une référence,
bien légitime, du théâtre moderne. Il relate
une recherche, le cheminement d’un homme en quête
de ce qu’est le théâtre ou plutôt de
ce qu’est la communication : est-ce qu’un poing
levé a le même sens pour tous ? Est-ce qu’il
sera perçu de la même manière si celui qui
le brandit ressent de la colère ou de l’amour ?
Comment donner le sens juste, comment le spectateur reçoit-il
le message ? Il va ainsi d’expérimentations en
expériences, des mises en scènes classiques dans
de vrais théâtres aux routes d’Afrique et
d’Inde avec sa troupe, réalisant des improvisations
aussi réussies qu’improbables.
Ton juste
Le second sens serait une certaine complétude
personnelle, un achèvement. Et le livre en est juste
l’opposé. On suit ses tentatives, ses doutes, ses
succès. Jamais il n’y a de vérité,
chacun peut s’exprimer et apporte son originalité
par son jeu, son histoire sa culture. Dans l’écriture
même, dans sa manière de se mettre en scène,
il n’y a que simplicité et modestie. C’est
un plaisir et un exemple ; on ne peut que se dire que le succès
qu’il a atteint, la qualité de ses créations,
et donc aussi du jeu des acteurs qu’il met en scène
viennent aussi de là : chacun peut exprimer le meilleur
de lui-même sans avoir à craindre l’échec
ou le jugement. Du point de vue spirituel, même remise
en question. A coté du théâtre, Peter Brook
dépeint aussi sa quête et ses incertitudes sur
sa vie ; on ne peut que regretter qu’il n’y ait
pas apporté plus de détails – il en relate
les étapes mais se tait sur le fond et les problématiques.
Au
nombre des valeurs du livre j’insisterais sur celle de
livrer la pensée d’un grand metteur en scène
contemporain, celle exemplaire, d’une manière d’aborder
le travail et les rapports dans un groupe pour en exprimer le
meilleur, enfin, et non des moindres, l’esquisse de ce
qui fait un bon jeu et de ce qui permet de transmettre une émotion.
Humain, profondément humain.