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L’AMOUR DU PROCHAIN
Pascal BRUCKNER

Grasset - 352 pages
Quand un homme désire toutes les femmes qui passent à sa portée, il devient gigolo pour assouvir ses désirs et donner du plaisir. Provoquant, brillant et dérangeant comme un roman de Pascal Bruckner.


Pascal Bruckner est un drôle d’oiseau. Il est capable d’écrire des récits pour enfants qui peuvent être lus par des adultes, des essais sur le monde tel qu’il va où il combat nos idées fausses et des romans qui font penser à ce que Villiers de L’Isle-Adam appelait les Contes Cruels.

L’amour du prochain s’apparente à cette dernière catégorie. Les amateurs y retrouveront les deux sources d’inspiration chères à l’auteur : l’ironie et la cruauté.

Sébastien est le type même du bobo rangé. Il a trente ans et, après l’ENA et Normale Sup, il commence une carrière prometteuse en termes de promotion. Il est également marié à une femme formidable et père de trois adorables bambins. Il appartient à une société secrète où se retrouvent tous ses amis d’adolescence.

Bref Sébastien a l’habitude d’être aimé et apprécié. Il a l’habitude d’être le centre de l’attention de tous les cercles qu’il fréquente. Est-ce pour cela que sa vie va basculer ? En effet, Sébastien va trouver une bien curieuse manière de faire le bonheur de l’humanité. Il va faire de son corps une ONG disposée à donner du plaisir.

Par un enchaînement de circonstance, Sébastien va devenir un gigolo. N’escomptez pas cependant que Bruckner vous dépeigne un milieu à faire pleurer Zola. Le livre ne devient jamais misérabiliste, au contraire.

Sébastien va prendre un plaisir infini à donner du plaisir. Homme de joie, il va s’accomplir en devenant le fantasme de ses clientes qu’il appelle des "anges". Jusqu’au jour, où il rencontre Dora, une jeune serveuse métisse, mi-juive, mi-antillaise. Et là, la catastrophe arrive, l’homme aux mille femmes devient l’homme d’une seule femme.

Si vous avez lu Parias, Les voleurs de beauté ou Lune de fiel, vous connaissez le talent de Pascal Bruckner pour, dans le même livre, nous plonger dans un cauchemar angoissant après nous avoir épaté et fait rire avec des remarques où le sociologue le dispute au moraliste.

L’amour du prochain se range dans la même catégorie que les romans cités précédemment. Bruckner est presque prisonnier de son écriture si brillante. Voilà un auteur qui ne peut passer un paragraphe sans y laisser une perle ou un diamant. La richesse de sa prose ne doit pas nous masquer qu’il est l’un des meilleurs portraitistes de nos mœurs et de notre société.

Une petite remarque, toutefois. Depuis Les voleurs de beauté, le moins que l’on puisse dire est que l’auteur maltraite et meurtrit ses personnages. Il ne les épargne pas. Aussi, soyez prévenus, certaines scènes, même si on peut les voir sous l’angle du grotesque, nécessitent de votre part, d’avoir l’estomac bien accroché.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Février 2005
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