Quand
un homme désire toutes les femmes qui passent à
sa portée, il devient gigolo pour assouvir ses désirs
et donner du plaisir. Provoquant, brillant et dérangeant
comme un roman de Pascal Bruckner.
Pascal Bruckner est un drôle d’oiseau. Il est capable
d’écrire des récits pour enfants qui peuvent
être lus par des adultes, des essais sur le monde tel
qu’il va où il combat nos idées fausses
et des romans qui font penser à ce que Villiers de L’Isle-Adam
appelait les Contes Cruels.
L’amour du prochain s’apparente à cette dernière
catégorie. Les amateurs y retrouveront les deux sources
d’inspiration chères à l’auteur :
l’ironie et la cruauté.
Sébastien est le type même du bobo rangé.
Il a trente ans et, après l’ENA et Normale Sup,
il commence une carrière prometteuse en termes de promotion.
Il est également marié à une femme formidable
et père de trois adorables bambins. Il appartient à
une société secrète où se retrouvent
tous ses amis d’adolescence.
Bref Sébastien a l’habitude d’être
aimé et apprécié. Il a l’habitude
d’être le centre de l’attention de tous les
cercles qu’il fréquente. Est-ce pour cela que sa
vie va basculer ? En effet, Sébastien va trouver une
bien curieuse manière de faire le bonheur de l’humanité.
Il va faire de son corps une ONG disposée à donner
du plaisir.
Par un enchaînement de circonstance, Sébastien
va devenir un gigolo. N’escomptez pas cependant que Bruckner
vous dépeigne un milieu à faire pleurer Zola.
Le livre ne devient jamais misérabiliste, au contraire.
Sébastien va prendre un plaisir infini à donner
du plaisir. Homme de joie, il va s’accomplir en devenant
le fantasme de ses clientes qu’il appelle des "anges".
Jusqu’au jour, où il rencontre Dora, une jeune
serveuse métisse, mi-juive, mi-antillaise. Et là,
la catastrophe arrive, l’homme aux mille femmes devient
l’homme d’une seule femme.
Si vous avez lu Parias, Les voleurs de beauté ou Lune
de fiel, vous connaissez le talent de Pascal Bruckner pour,
dans le même livre, nous plonger dans un cauchemar angoissant
après nous avoir épaté et fait rire avec
des remarques où le sociologue le dispute au moraliste.
L’amour du prochain se range dans la même catégorie
que les romans cités précédemment. Bruckner
est presque prisonnier de son écriture si brillante.
Voilà un auteur qui ne peut passer un paragraphe sans
y laisser une perle ou un diamant. La richesse de sa prose ne
doit pas nous masquer qu’il est l’un des meilleurs
portraitistes de nos mœurs et de notre société.
Une petite remarque, toutefois. Depuis Les voleurs de beauté,
le moins que l’on puisse dire est que l’auteur maltraite
et meurtrit ses personnages. Il ne les épargne pas. Aussi,
soyez prévenus, certaines scènes, même si
on peut les voir sous l’angle du grotesque, nécessitent
de votre part, d’avoir l’estomac bien accroché.