Traduit de l’anglais
par Catherine Cheval et Marie Ploux
Série Noire - 304 pages
De
la bière, de la poudre blanche, du désespoir, des meurtres,
du sang. Agitez et vous obtenez un cocktail détonnant. Où
Ken Bruen trempe son polar dans l’encre noire.
Toxic blues est le titre français (moyen) des secondes aventures
de Jack Taylor à paraître dans la Série Noire.
La Série Noire qui n’est plus une collection de poche
et qu’il faut donc payer plus cher. Avis aux impécunieux
!
Jack Taylor travailla jadis dans la police irlandaise (la Garda).
Il a tenté une existence de détective privé à
Galway, dans le premier
tome de sa saga, dont on trouvera la chronique dans les archives
du Jowebzine (matin, quel zine !)
Dans Toxic blues, il revient de Londres et débarque à
Galway, (dans le comté de Galway, non loin du lac du Connemara
et des Iles d’Aran) dans un sale état. Il était
déjà alcoolique au dernier degré. Il est désormais
cocaïnomane.
Dès son arrivée, il rentre en contact avec les Tinkers,
qui sont à l’Irlande ce que les gens du voyage sont à
la France, ou ce que les gitans sont aux Saintes-Maries de la Mer.
Quelqu’un s’amuse à égorger de jeunes tinkers
et on ne peut pas dire que la police cherche avec zèle les
coupables.
Et Jack Taylor va s’occuper de cette affaire puisque personne
ne veut s’en occuper. Il va tenter de dénicher le coupable,
en se méfiant des jugements hâtifs.
Jack Taylor est un être brisé, quelqu’un qui fait
penser au personnage de Matt Scudder tel que l’a décrit
Lawrence Block : un alcoolique qui ne peut échapper à
l’alcool, seule porte de sortie quand la réalité
offre un visage oppressant. Mais dans le monde de Scudder ou de Taylor,
l’alcool n’est ni glamour ni agréable. Il ne sert
pas à s’enfuir, juste à ne plus savoir où
on est.
Ajoutez la cocaïne par-dessus et l’état de Jack
Taylor n’est guère brillant. A la masse. A la dérive,
aux abois et avec la mort aux trousses.
On le pressentait avec le premier opus. Jack Taylor est un personnage
émouvant car complètement foutu et très érudit
en même temps.
Le récit de Ken Bruen est plus maîtrisé ici. Les
références littéraires sont toujours omniprésentes
mais elles participent moins du collage et interviennent comme des
mises en bouche, des appetizer pour causer anglais.
Car la lecture, c’est un peu comme la nourriture. Quand on mange
quelque chose de bon, on a envie de manger davantage. Quand on lit
un auteur avec qui l’on se sent des affinités et que
cet auteur vous en recommande d’autres, on a envie de fourrer
son nez sous les couvertures cartonnées recommandées.
Jack Taylor est un personnage qui vous fera boire, sniffer et vomir
avec lui. Peu de créatures imaginaires sont aussi attachantes.