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CONTES ET NOUVELLES
Charles BUKOWSKI

Tome 1
Contes de la folie ordinaire
Nouveaux contes de la folie ordinaire
Au sud de nulle part
Je t’aime, Albert

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-François Bizot, Léon Mercadet, Brice Matthieussent et Michel Lederer

Grasset - 964 pages
Enfin un ouvrage qui recueille tous les contes et nouvelles publiés en France de l’auteur américain sulfureux !


Que voulez-vous, certains auteurs ont du mal à trouver leur public diront certains, encore faut-il qu’ils soient édités ! Grasset éditait déjà partiellement Charles Bukowski, mais cette édition posthume pour les dix ans de sa mort permet de mettre en avant tout le talent de l’auteur américain d’origine allemande. Romans (tome 2) est édité depuis 2005, puis suivra Mémoires et poèmes (tome 3) en 2007.

Pour les profanes, Bukowski, né en 1920 est très inspiré de la beat génération dont font partie Kerouac, Ginsberg et Burroughs pour les plus connus d’entre eux. Son écriture largement autobiographique nous montre l’Amérique par l’autre bout de la lorgnette. Du point de vue des parias, des métiers précaires et de la misère baignée dans l’alcool. Bukowski s’inspire directement de sa vie et des expériences extrêmes qu’il restitue dans une œuvre ultra-réaliste.

Loin d’être un acte politique au sens propre face à la société capitaliste américaine qu’il voit comme "la machine à essorer les tripes", Buck, Hank ou Henri Chinaski comme il se nomme dans les contes et nouvelles, se contente d’exposer avec un talent certain des situations crues qui laissent au lecteur tout le loisir de se faire son opinion. Et quand il ne décrit pas de façon réaliste le système politique, à la manière de Gogol en son temps avec la société russe, Bukowski invente des fictions fantasques comme cette nouvelle dans laquelle il nous explique que le président des Etats-Unis n’est rien d’autre qu’Hitler dont le visage a été transformé par chirurgie esthétique… "Poète ou pochard", l’homme "à la tête de tragédie" fait tout, indifférent au regard d’autrui, fidèlement à l’épitaphe qu’il laissera sur sa tombe : "Don’t try", sous-entendu, n’essaie pas, fais !

C’est ainsi que toutes ses nouvelles alternent scènes de beuverie et scènes de sexe, scènes d’écritures et scènes d’échanges culturels, tout cela entrecoupé de références littéraires et musicales constamment présentes. Buck est passionné par Mahler et Bach. Lit Céline, Camus, Hemingway, Dostoïevski (mais renonce à Guerre et Paix…), compare sans cesse son œuvre à celles d’autres auteurs, sans vraiment comprendre ce qui lui arrive quand le succès de ses écrits pointe le bout de son nez. "Toute activité créatrice complexe, comme la peinture, la poésie, le braquage de banques, la prise du pouvoir, te mène au point où le miracle et le danger se ressemblent comme des frères siamois". Il refusera toujours de s’intégrer au monde des lettres, oiseau de bar plus que de salon…

Si les situations sont souvent crues, les mots choisis sont aussi souvent ceux de l’humour et du sourire en coin, alternés de phrases poétiques et naïves comme ces femmes qu’il compare à "des coquelicots dans un pré" ! Lui qui, dans une autre nouvelle, appellera sa partenaire sa "Maman gros cul". Son style tient également à des métaphores surprenantes :
"- C’est quoi tout ?
- J’sais pas peut-être l’intérieur du soleil qui est un bloc de glace."
C’est le paradoxe Bukowski : une écriture qui décrit des situations misérables avec des détails d’une étonnante beauté.

Persuadé que "la santé de l’esprit est une imperfection", Buck joue avec le feu tous les jours quand il ne joue pas aux chevaux (Cheval de mon cœur), alterne des métiers comme postier ou employé dans les abattoirs (Du ring aux abattoirs), enchaîne les relations avec les femmes pour mieux faire naître le beau du chaos… "On faisait l’amour contre la tristesse".

"Merde, la vie c’est la vie et je décris la VIE, mec ! Il n’y a que ça qui compte, alors arrête tes conneries !" dixit Bukowski. Puritains s’abstenir… Buck ne tombe jamais dans le sordide, il peint la laideur comme Bacon l’a pu faire, un artiste littéraire dionysiaque en somme qui explore les limbes de l’humain, Au sud de nulle part est sous-titré "Contes souterrains". Bukowski semble écrire surtout pour sauver sa peau de la solitude et de la vie, "c’est bon de savoir qu’un autre se traîne aussi un morceau du boulet" écrit-il dans Bière, poète et baratin…

Une lecture qu’on ne peut oublier.


Sébastien Mounié
© Jowebzine.com - Octobre 2006



Site américain intéressant pour les manuscrits : http://bukowski.net
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