"Quand
on sonne chez vous à cinq heures du matin, ce n'est pas bon
signe ; quelqu'un est mort ou mourant. Voilà pourquoi Imelda
descend l'escalier aussi vite, pieds nus, en chemise de nuit, puis
se hâte sur le carrelage froid du vestibule. Tout agitée,
se disant que quelqu'un est peut-être en train d'agoniser.
Laissant le surineur s'approcher de trop près, entre ses bras,
pour plonger la lame avec force sous son menton. Artère sectionnée,
perron éclaboussé. Sang, verre, chrome - sacré
tableau à accrocher dans une galerie.
Ça arrive, ce genre de truc, quoique peu fréquemment
dans une belle ville flambant neuve sur la côte Atlantique et
encore plus rarement à l'épouse d'un homme politique
sans étiquette choyant le gouvernement. Mais ça arrive.
C'est bien malheureux, c'est sûr, alors chialez un bon coup,
mouchez-vous et passez à autre chose. Le reste de la semaine
approche à toute blinde et les freins sont complètements
nazes.
Mon boulot consistait à trouver qui et pourquoi, à douze
cents le mot pour mettre les bons faits dans le bon ordre. Suffisamment
de faits, une accroche correcte, l'ensemble pourrait même finir
en article découpé à la une et rangé dans
la chemise au fond de mon placard. Imelda Sheridan était morte,
dur pour elle, mais le malheur des uns fait le bonheur des autres.
Bref, c'est ainsi que tout a commencé."
Avouez que c'est une belle entrée en matière pour le
premier roman de ce jeune Irlandais, justement salué par Ken
Bruen. Polar musclé, à l'humour léger ("J'ai
avalé le reste du café en songeant à nettoyer
le bureau et l'idée m'a tellement plu que j'ai continué
d'y réfléchir"), Eightball boogie se conclue à
un rythme effréné dans le noir et le sang. Avec certains
autres jeunes auteurs, Declan Burke marque le nouveau roman noir irlandais,
pourvu qu'ils continuent sur leur lancée.