Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Christine Barbaste
10/18 - 318 pages
À
peine douze ans, Augusten sait qu’il a une vie pas banale. Ses
parents sont en plein divorce. Son père déprime et se
raccroche à l’alcool tandis que sa mère passe
son temps à rédiger d’improbables poèmes.
Cette dernière confie Augusten à la famille de son psy,
le docteur Finch. Ce drôle de bonhomme est à la tête
d’une tribu azimutée. Chaque membre du clan a un grain
de folie, très bien entretenu par les utopies des années
70.
Le jeune homme s’amuse énormément et se lie d’amitié
avec Nathalie, une des filles du docteur. Il découvre aussi
l’amour avec Neil, le fils adoptif et patient de Finch. Augusten
profite des absurdités, parfois monstrueuses, parfois lumineuses,
et tente de s’affirmer au milieu de cette bande de cinglés.
Largement autobiographique, ce roman est une passionnante visite des
70’s. Ses rêves et ses désillusions sont représentés
par une famille recomposée ou décomposée, c’est
au choix. Le narrateur pose un regard lucide sur ces dingues, attachants
malgré une douloureuse hystérie.
Burroughs joue avec habileté sur les ambiguïtés
de chacun des personnages. La loufoquerie cache des névroses
dramatiques. Le bon docteur a tout du tyran. Les enfants sont des
individualistes saugrenus. La mère d’Augusten cultive
un égoïsme inouï. Le père est fantomatique.
Les personnes que rencontre Augusten soufflent sur le chaud et sur
le froid. Le lecteur est aussi déboussolé que le narrateur.
Derrière cette chronique familiale, une tendresse se dégage
et évite le constat d’échec des illusions de l’époque.
La sécheresse d’écriture, étonnamment,
s’apparente à de l’affection. Burroughs ne peut
s’empêcher d’aimer ces marginaux, même quand
ils lui ont fait du mal. Cette générosité fait
tout le charme de ce récit initiatique.
Entre emphase assumée et portrait sensible à coups de
ciseaux, Burroughs taille dans son existence, l’extravagance
qui lui a permis de s’affirmer et d’accepter ses vérités.
Le découpage est subtil. Espérons que l’adaptation
ciné à venir respectera la folie incroyable qui se dégage
du livre.