Dans
Petit déjeuner chez Tiffany, Truman Capote nous parle d’amour
; non pas d’amour passionnel ou charnel, mais plutôt d’amitiés
profondes, de relations qui, même si leur temps est révolu,
laissent des souvenirs nostalgiques.
Les nouvelles composant l’ouvrage sont une variation sur le
thème de la rencontre, qu’elle soit entre voisins de
palier, entre prisonniers ou encore celle d’un garçonnet
et d’une grand-mère.
Les clefs ne sont pas données, les narrateurs ne sont pas omniscients,
ils ignorent ce qu’est devenu celui à qui ils pensent
toujours, ils ne savent pas si la nostalgie est partagée.
Dans Petit déjeuner chez Tiffany, première nouvelle
(qui est aussi la plus longue) du recueil éponyme, le narrateur
se souvient avec nostalgie de son ancienne voisine, disparue il y
a quelques années et dont il ne sait ce qu’elle est devenue.
Cette toute jeune femme, Holly, fascine littéralement le narrateur,
tout comme elle subjugue l’ensemble de son entourage masculin
; les hommes sont à ses pieds, et certains lui obéissent
au doigt et surtout à l’œil (de biche).
"Telle un pieuvre énergique, il secouait les Martinis,
présentaient les gens les uns aux autres, faisait marcher le
phonographe. A vrai dire, la plupart de ces activités lui étaient
dictées par la maîtresse de maison elle-même. "Rusty
si ça ne vous gênait pas", "Rusty, s’il
vous plait, si vous pouviez…"
Cette (fausse ?) ingénue utilise les gens et n’hésite
pas à leur servir l’histoire qu’ils attendent,
à leur mentir pour mieux les contenter et l’on ne sait
pas dans quelle mesure elle est sincère avec celui qui se considère
comme son ami proche.
Difficile donc de dire si, finalement, elle ne s’est pas jouée
également du narrateur, si elle l’appréciait réellement
ou s’il n’était qu’un laquais parmi d’autres.
Peu importe d’ailleurs la sincérité de l’être
adulé, car les différents narrateurs - même s’ils
sont conscients d’avoir pu être utilisés - restent
attachés à cette personne aimée qui, même
si elle n’a pas toujours été honnête, les
a bouleversés et surtout leur a permis de se sentir vivant.
"Cela avait commencé en voyant Tico Feo s’avancer
à travers le crépuscule avec sa splendide guitare. Jusqu’à
ce moment il n’avait pas mesuré sa solitude. A présent
qu’il en avait pris conscience il se sentait vivant. Il n’avait
pas désiré se sentir vivant. Etre vivant c’était
se souvenir des rivières brunes où courent les poissons
et du soleil sur des cheveux de femme."
Or, le fait même de se sentir en vie suffit à racheter
tous les petits mensonges et les trahisons, réelles ou supposées.